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Suspense dans Rimouski-Neigette

KARINE GAGNON
Journal de Québec
20/09/2008 09h53

Tous les paris sont ouverts dans le fervent bastion souverainiste que constitue la circonscription de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques, où Suzanne Thibault, ex-bloquiste devenue indépendante, pourrait brouiller les cartes.

Louise Thibault, souverainiste convaincue, avait remporté l'élection de 2006 comme bloquiste, avec une large avance de 19 000 voix. L'an dernier, elle a quitté le vaisseau amiral pour devenir indépendante, dans cette circonscription dont la tradition bloquiste dure depuis 15 ans. «Avec le Bloc, je n'avais pas de liberté de parole», explique celle qui sollicite un troisième mandat au cours duquel elle fait des aînés sa priorité, aux côtés du développement régional.

En début de semaine, cette ex-conseillère du Bic et haute fonctionnaire fédérale à la retraite, reconnue pour son bouillant caractère, figurait parmi les signataires d'une lettre critiquant vertement Gilles Duceppe et son parti. Sa sortie n'a pas manqué de provoquer des remous dans la région.

Suzanne Tremblay, ex-députée bloquiste du comté qui en avait fait son poulain lorsqu'elle a quitté, en 2004, n'a pas manqué de la semoncer publiquement pour avoir participé à cette lettre. «Je n'accepte pas que quiconque me dise que je crache sur le Bloc ou sur les gens, car une de mes plus grandes qualités, c'est mon intégrité, réplique Mme Thibault. Duceppe n'est pas un démocrate, c'est ce que je dis, et quant à l'avenir du Bloc, c'est aux citoyens de décide r», nuance-t-elle.

Les deux femmes ne s'adressent plus la parole. Mme Tremblay a tourné son appui vers Claude Guimond, nouveau candidat du Bloc, ex-président de l'UPA régional.

Vieux rêve

Ce Claude Guimond est le même qui avait perdu l'investiture contre Louise Thibault en 1993 et qui a remporté de justesse l'investiture l'an dernier. Dans le coin, on dit qu'il a pris du gallon. Il est bien connu dans la communauté et a la fougue. «Je réalise un vieux rêve de jeunesse, dit-il avec fierté. J'ai été président et fondateur de l'association bloquiste dans la région. C'est avec moi que Lucien Bouchard a fait sa première tournée du secteur comme chef du Bloc.»

Producteur laitier, père de trois filles, M. Guimond croit que le départ du Bloc de Mme Thibault a créé beaucoup de confusion. «Il nous faut informer les gens, leur rappeller que ce n'est plus elle la candidate du Bloc.»

Il en a marre d'entendre que son parti n'a plus sa raison d'être, rappelant l'implication de son parti dans les dossiers tels déséquilibre fiscal, congés parentaux, assurance-emploi pour les travailleurs saisonniers, très présents sur son territoire. «Il faut dénoncer ce que le ministre Blackburn a fait des régions, en coupant de manière indécente dans le financement aux organismes. Chez nous, c'est le secteur maritime qui est touché. Les»cerveaux«qu'on a ramené vont repartir si on fragilise leur créneau.»

Monde rural

Dans le camp libéral, Pierre Béland, scientifique et ami d'enfance de Stéphane Dion que ce dernier a qualifié de «ministrable», mise sur l'environnement. M. Béland fait toute sa campagne à vélo et se fait un devoir de se déplacer dans les milieux ruraux, dont le Témiscouata. Ce secteur a été durement touché par la crise forestière puisqu'on y retrouvait de nombreux moulins, lesquels ont presque tous fermé leurs portes.

«Le gouvernement doit se rapprocher des régions», dit celui qui avait décidé de quitter en juin dernier. «Il fallait que je retourne travailler et mon épouse (son organisatrice de campagne) aussi. Ça faisait trois fois qu'on pensait avoir des élections.»

Le candidat conservateur, Gaston Noël, maire de Saint-Narcisse-de-Rimouski, ne fait pas beaucoup de déclarations publiques depuis le lancement de la campagne. «On ne l'a pas vu beaucoup et il a fait savoir qu'il ne participerait pas à des débats», note le journaliste Pierre Michaud, du Progrès-Écho. M. Noël ne pouvait rencontrer le Journal lors de son passage dans la région.

Quant au candidat du NPD, Guy Caron, natif de Rimouski, il se présente pour une troisième fois. Plusieurs critiquent le fait qu'il n'habite pas la région, mais plutôt Gatineau.

PORTRAIT DE LA CIRCONSCRIPTION :

- 42 municipalités, dont la principale est Rimouski

- Près de 300 kilomètres de long de territoire

- Plus de 80 000 personnes, dont 42 000 à Rimouski

- Tradition bloquiste vieille de 15 ans