La CAQ veut moduler les frais de scolarité


Jean-Luc Lavallée

QUÉBEC - La CAQ a mis son grain de sel, lundi, dans le débat sur le financement des universités en prévision du Sommet sur l'enseignement supérieur qui aura lieu les 25 et 26 février.

En conférence de presse à Québec, François Legault et son porte-parole à l'enseignement supérieur, Stéphane Le Bouyonnec, ont suggéré un «changement de paradigme» avec un tout nouveau modèle de financement.

La Coalition avenir Québec veut donner plus d'autonomie «à certaines universités axées davantage sur la recherche à l'intérieur d'un cadre défini par le ministère». Outre l'Université de Montréal, McGill, et les universités de Sherbrooke et Laval, certaines facultés de l'UQAM pourraient également avoir un statut privilégié. Dans ces établissements, la fixation des droits de scolarité serait laissée à la discrétion des recteurs.

François Legault s'est défendu de vouloir créer un système à deux vitesses.

«C'est important de protéger cette accessibilité, a dit François Legault. Par contre, il faut à un moment donné être capable de se dire la vérité au Québec. Actuellement, certaines universités n'ont pas les moyens d'attirer les meilleurs chercheurs et de les garder. C'est évident que l'Université de Montréal n'a pas les mêmes ressources que l'Université de Toronto, toutes proportions gardées.»

«Je me refuse à la résignation, a ajouté le chef de la CAQ. Ce n'est pas vrai que le Québec est né pour un petit pain et qu'on va juste faire du nivellement par le bas. Il est temps qu'on se donne les moyens pour être parmi les meilleurs. On est capable de faire de grandes choses au Québec, mais il faut faire des choix.»

Quant à la modulation des frais de scolarité, le chef de la Coalition suggère de faire payer aux étudiants «entre 15 et 20%» du coût de leur formation. Un étudiant en médecine paierait évidemment beaucoup plus cher alors qu'un étudiant en sciences humaines profiterait d'une réduction appréciable, a-t-il fait valoir.

«À l'heure actuelle, certains étudiants paient 40% du coût de leurs études alors que d'autres paient moins de 10%. Le Québec est pratiquement seul au monde à tolérer cette iniquité», a déploré François Legault. Cette modulation se ferait «à coût nul», selon lui.

La CAQ prône aussi l'admissibilité de tous les droits de scolarité à un programme de prêts et bourses et à un régime de remboursement proportionnel au revenu.

Les libéraux ont réagi à la proposition de moduler les droits de scolarité en l'accusant de «plagiat» puisque les trois candidats à la chefferie du parti ont déjà indiqué leur ouverture à cette idée.

Toutefois, le PLQ se distancie de la CAQ sur la possibilité de laisser certaines universités fixer elles-mêmes les droits de scolarité.

«C'est très dangereux... M. Legault est connu pour ses idées à deux vitesses et je crois qu'il ne faut pas réserver l'accessibilité à certains étudiants et l'excellence à d'autres étudiants, a commenté le député Gerry Sklavounos, porte-parole libéral à l'enseignement supérieur. Il ne faut pas commencer à créer des classes au niveau des universités. C'est un petit peu improvisé comme idée.»

Legault est «déconnecté»

La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) a aussitôt critiqué le plan proposé par la Coalition avenir Québec.

«La CAQ est très déconnectée de la réalité, a réagi la présidente de la FEUQ, Martine Desjardins. Leur proposition ne répond à aucun problème qui a été soulevé actuellement. M. Legault se vantait en élections de ne pas avoir les mains attachées, mais il semblerait que le lobby des recteurs lui attache non seulement les mains, mais aussi les pieds.»

Mme Desjardins a tenu à rappeler l'épisode des frais afférents en 2008. Le gouvernement Charest avait dû intervenir pour réglementer les augmentations décrétées notamment par l'Université de Montréal et McGill en raison de «débordements».

«Cela avait créé une disparité entre les étudiants qui avaient les compétences, mais n'avaient plus les moyens d'aller à l'université et c'est Mme Courchesne qui avait mis en place cette réglementation, a expliqué Martine Desjardins. Donc la CAQ travaille à recréer un problème qu'on avait réglé en 2008. Probablement que la Coalition avenir Québec aurait intérêt à suivre les débats qui se font au Sommet.»

Quant à la modulation des frais de scolarité, la FEUQ rappelle «que ça a eu un effet catastrophique sur certains programmes en médecine en Ontario».

Il n'a pas été possible d'obtenir la réaction du ministre de l'Enseignement supérieur Pierre Duchesne, lundi. La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) a quant à elle préféré réserver ses commentaires pour l'instant, expliquant qu'elle attendait le cahier de propositions détaillées de la CAQ qui sera déposé au Sommet.


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