MONTRÉAL – À la veille de la rentrée scolaire, le ministère de l'Éducation a accepté de gonfler les effectifs professoraux dans les 14 institutions collégiales les plus touchés par le conflit étudiant, mais pas à n'importe quelles conditions. Si le conflit se prolonge, les nouveaux professeurs ne seront pas payés.
Le ministère de l'Éducation a annoncé mardi qu'il compenserait les Cégeps pour l'embauche de l'équivalent de 180 postes de professeur à temps plein, à la suite d'une entente de principe entre la Fédération nationale des enseignants du Québec, affiliée à la CSN (FNEEQ-CSN), et le Comité patronal de négociation des collèges.
L'entente sera soumise cette semaine aux représentantes et aux représentants des syndicats d'enseignantes et d'enseignants de cégep affiliés à la FNEEQ, qui représente 85 % des enseignantes et des enseignants de cégep.
Les établissements concernés par l'entente sont le Collège Ahuntsic, le Cégep André-Laurendeau, le Collège Édouard-Montpetit, le Collège Lionel-Groulx, le Collège de Maisonneuve, le Cégep Marie-Victorin, le Collège Montmorency, le Collège de Rosemont, le Cégep de Saint-Hyacinthe, le Cégep de Saint-Jérôme, le Cégep de Saint-Laurent, le Collège de Valleyfield et le Cégep du Vieux-Montréal.
Une entente a également été conclue avec les représentants des enseignants du Collège de Bois-de-Boulogne.
Le syndicat réclamait depuis longtemps une augmentation des ressources pour compléter la session d'hiver, mais surtout pour la session intensive d'automne, qui ne commencera pas avant octobre. Il a obtenu gain de cause.
En contrepartie, si les étudiants choisissent de prolonger leur grève, ou de relancer le mouvement de contestation plus tard, les professeurs nouvellement embauchés ne seront pas rémunérés. Leur paie est conditionnelle au travail accompli en classe.
«C'est conditionnel à la reprise des cours», a expliqué Jean Beauchesne, président et directeur général de la Fédération des cégeps. Ce dernier garde toutefois bon espoir d'une rentrée tranquille. «Je pense que la majorité silencieuse des étudiants veut finir sa session», estime ce dernier.
Reprise le 13 août
La reprise des cours dans les collèges touchés par le conflit étudiant aura lieu le 13 août. Ce sont les mêmes professeurs qui enseignaient à l'hiver qui reprendront les cours. «On veut éviter le décrochage et il est important de maintenir une relation maître étudiant», a expliqué Micheline Thibodeau, vice-présidente de la FNEEQ-CSN.
Selon cette dernière, la majorité de ces ressources ira à la rentrée d'automne, pour soutenir la nouvelle cohorte d'étudiants provenant du secondaire, «qui sont plus sujets au décrochage».
Décrochage
Les étudiants des cégeps touchés par la grève étudiante sont appelés à terminer la session d'hiver en plus du cycle d'études normal dans le cadre de la durée d'une année scolaire. Des cours seront donnés le soir et parfois même le samedi.
À la Fédération étudiante collégiale du Québec, on reconnaît l'incidence de la grève sur le décrochage, mais on soutient qu'on ne fait pas d'omelette sans casser d'œufs, et qu'il «y a des conséquences à faire la grève».
«Les étudiants ont choisi ensemble, démocratiquement de faire la grève», a soutenu Éliane Laberge, présidente de la FECQ, qui se dit toutefois contente de l'entente.
À la fois surpris et déçus par les statistiques dévoilées mardi par l'Institut du Nouveau Monde (INM) qui indiquent qu'à peine plus du tiers des jeunes âgés entre 18 et 24 ans se rendent aux urnes pour exercer leur droit de vote, plusieurs jeunes croient que le contexte de la crise étudiante les incitera à participer au scrutin.
«Je vais probablement aller voter, a dit d'une voix hésitante Audrey Lemay, 20 ans, étudiante en techniques policières. Dans le contexte du conflit étudiant, je pense que c'est important de prendre son pouvoir de vote et essayer de changer quelque chose. Si on rendait le processus moins compliqué, on inciterait plus les jeunes à aller voter. Soit on est mal informés, soit on a trop d'informations, alors on abandonne.»
L'INM a de plus proposé la création d'un cours obligatoire d'éducation à la citoyenneté à la fin du secondaire et au cégep.
«Il devrait au moins y avoir un reflet de sciences politiques à l'intérieur du cours d'histoire en secondaire 4 ou 5, ne serait-ce que pour faire la différence entre la fibre libérale ou conservatrice, entre autres, a spécifié Mathieu Gallant, 23 ans. Faudrait que tous les jeunes se demandent quel est le dossier qui les touche le plus, avant même de se demander pour qui voter. Il faudrait qu'ils puissent déterminer ce qu'ils veulent pour le Québec de demain. Là, ils seraient plus intéressés à voter.»
Pour leur part, Gustavo Flores et Anthony Gazemar ont 16 ans et attendent avec impatience leurs 18 ans pour participer au scrutin.
«Je me considère comme un jeune très concerné par la politique, a souligné Gustavo. Un cours de plus sur le système électoral ou sur l'éducation à la citoyenneté ça pourrait être bien, mais il ne faudrait pas que ce soit obligatoire, parce qu'il y a des jeunes que ça n'intéresse vraiment pas», a poursuivi Anthony.
Tous deux croient que la crise étudiante incitera les jeunes à aller voter. «Pour les intéresser, il faudrait que la politique ait des liens directs avec les jeunes en considérant leur âge. Je crois que la crise étudiante va beaucoup faire augmenter le taux de participation au vote parce que ça les implique beaucoup plus. Parce que d'habitude, la politique ne touche pas beaucoup les jeunes. Par exemple, quand on parle d'économie, c'est un enjeu qui touche les plus vieux», ont-ils conclu.