QUÉBEC - Avec des frais de scolarité doublement inférieurs à la moyenne nationale et un programme de prêts et bourses parmi les plus généreux au pays, les étudiants québécois s'endettent à un rythme aussi important que leurs homologues canadiens.
Un étudiant québécois sur dix prévoit s'être endetté de plus 25 000 $ à la fin de son baccalauréat.
Les étudiants dans cette situation étaient quatre fois moins nombreux en 2005.
La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) évalue que 65 % des étudiants québécois se retrouvent endettés, en moyenne, de 15 000 $ à la fin de leur baccalauréat.
Le pourcentage d'étudiants endettés au Québec est maintenant pratiquement le même que dans le reste du pays. La dette moyenne au Canada s'élève à 23 000 $, mais le baccalauréat est généralement d'une durée de quatre ans et non de trois, comme au Québec.
Deux étudiants québécois au baccalauréat sur trois sont incapables de rejoindre les deux bouts, alors que le même nombre se fait payer leurs frais de scolarité par leurs parents. Des données qui soulèvent certains questionnements quant à la manière de dépenser des étudiants québécois.
« Les jeunes doivent remettre en question leur niveau de vie (…) Le besoin essentiel a été gonflé par la société de consommation. Ce n'est plus considéré comme un luxe, mais comme un droit. C'est facile de s'endetter (…) et on habitue les jeunes à utiliser le crédit en leur disant que c'est normal », note Caroline Saoulard, consultante budgétaire et porte-parole à la Coalition des associations des consommateurs du Québec.
Leurs parents
À son sens, sans les déresponsabiliser, les jeunes sont également victimes dans le contexte actuel.
« C'est comme si on asseyait quelqu'un au régime devant un buffet (…) C'est quand même drôle de demander aux jeunes de limiter ses dépenses quand leurs parents font la même chose et ils n'ont pas nécessairement plus les moyens », poursuit Mme Saoulard.
Les jeunes ne sont pas suffisamment outillés pour bien ficeler leur budget, selon elle.
« Quand tu n'a jamais été éduqué à faire un budget, tu dois avoir une conscience énorme à 20-22 ans, quand tu as vécu dans la folie du jour en ne planifiant jamais rien. Là, tu dois avoir une illumination de te dire que les dettes, c'est une mauvaise chose. Le message qu'on leur a toujours dit, c'est que le crédit, il n'y a rien là et que si tu étudies, tu seras riches. Pourquoi les jeunes penseraient autrement? », se questionne-t-elle.
Mme Saoulard déplore l'approche agressive des institutions financières auprès des étudiants, des cibles de choix.
« Si je veux faire de l'argent, je dois m'adresser au 18-35 ans. Les jeunes veulent de l'argent et ils ont des leviers pour en avoir facilement, contrairement à il y a 10 ou 20 ans. »
Des frais de subsistance?
- 95 % accordent un budget pour les restaurants, montant moyen : 2 028 $/an
- 79 % accordent un budget pour un service de téléphonie cellulaire : 516 $/an
- 93 % accordent un budget pour vêtements et accessoires, montant moyen : 912 $/an
- 53 % ont des dépenses reliées à l'utilisation d'une automobile, montant moyen : 2 712 $/an
- 56 % des étudiants ayant recours au programme de prêts et bourses disent avoir une voiture personnelle
- 21 % accordent un budget pour les voyages d'agrément, montant moyen 1 644 $/an
* Étudiants à temps plein, Léger Marketing, 2010, pour le compte du Conseil du patronat du Québec
Leur budget
- 80 % des étudiants travaillent durant leurs études et amassent en moyenne 10 220 $ par année
- Montant moyen des frais de scolarité et matériel scolaire : 3 560 $/an
- 38,9 % reçoivent un prêt étudiant (moyenne : 3 140 $/an)
- 25,8 % reçoivent une bourse étudiante (moyenne : 3 950 $/an)
- 75,6 % des étudiants n'ayant pas accès au programme de prêts et bourses se voient verser par leurs parents, en moyenne, la totalité du montant des frais de scolarité
- 69 % des étudiants de 24 ans et moins se voient verser par leurs parents, en moyenne, la totalité du montant des frais de scolarité
- 48,5 % des étudiants n'habitant pas chez leurs parents reçoivent un prêt étudiant et 33 % reçoivent une bourse
*Étudiants de premier cycle, Léger Marketing (2009), pour le compte de la FEUQ