Dominique La Haye
Agence QMI

D'importantes lacunes soulevées à Services partagés Canada

Dominique La Haye

Dernière mise à jour: 02-02-2016 | 18h06

OTTAWA - Services partagés Canada (SPC) dépense près de 2 milliards $ par année en projets informatiques uniformisés sans savoir s'il atteint ses objectifs d'économies.

Dans son rapport rendu public mardi, le vérificateur général du Canada, Michael Ferguson, signale d'importantes lacunes au sein de cette entité qui a débuté ses travaux en 2013 et prévoit les terminer en 2020.

Le SPC a été créé dans le but de réduire le gaspillage en uniformisant et en intégrant les systèmes informatiques des 43 ministères et agences fédérales qui comptaient 485 centres de données, 50 réseaux et environ 23 400 serveurs. Il prévoyait notamment épargner 56 millions $ par année en transformant les services de courriel du gouvernement.

«L'organisme a de la difficulté à calculer le total exact des économies et à en rendre compte», souligne le chien de garde des finances publiques.

Le rapport précise que l'organisme n'a pas établi d'attentes claires et concrètes avec les autres ministères pour l'infrastructure des TI. «Il ne peut donc pas démontrer s'il maintient ou améliore les services depuis sa création et, le cas échéant, comment il y arrive», a déploré M. Ferguson.

Le vérificateur soutient que le mandat du SPC était «ambitieux et complexe».
Sécurité

Il rapporte aussi que le SPC a fourni peu d'information aux ministères en ce qui a trait à la sécurité de l'infrastructure des TI.

L'audit souligne une situation alarmante survenue en Saskatchewan, en mars 2014, lors de laquelle tous les premiers intervenants, à savoir pompiers, policiers et ambulanciers ont perdu pendant 40 minutes les communications radio gérées par le SPC. Cette panne est survenue lorsque le SPC a désactivé accidentellement une fonction essentielle du réseau radio.

«Si SPC avait suivi un processus de gestion des changements adéquat, et avait notamment réalisé des essais en bonnes et due forme et recherché l'acceptation par les utilisateurs, la GRC aurait pu s'assurer que le SPC allait prendre les mesures nécessaires pour que la panne soit évitée», explique M. Ferguson.

Le ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, Jean-Yves Duclos, a réagi à la publication de l'ensemble du rapport du vérificateur, indiquant que des changements seraient apportés pour corriger la situation.

«Nous reconnaissons les erreurs, les difficultés que certains de nos ministères ont à offrir aux Canadiens des services dont ils ont besoin et auxquels ils peuvent s'attendre, a-t-il déclaré. Je pense que la transparence se manifeste aussi non seulement par l'acceptation des recommandations du vérificateur général, mais aussi par la façon dont nous allons traiter ces recommandations au cours des prochains mois.»


Autres faits saillants du rapport du Vérificateur général

Des lacunes dans le contrôle des exportations à la frontière:

-L'audit soulève des «faiblesses» dans les pouvoirs, l'information et les méthodes sur lesquels se fonde l'Agence des services frontaliers du Canada pour évaluer les risques d'exportation canadienne ailleurs qu'aux États-Unis.

-L'Agence a raté des occasions d'empêcher que des marchandises non conformes aux lois ne quittent le pays. Une fois sur cinq, elle manquait d'examiner des envois à risque élevé qu'elle avait pourtant ciblés. Cela aurait pu éviter notamment que plus de véhicules volés ne quittent le pays

-Ces envois ciblés n'ont pas été examinés parce qu'ils étaient déjà chargés sur les navires ou qu'ils avaient quitté le Canada au moment où les agents ont reçu l'information ou ont pu y donner suite.

-Le niveau d'effectif explique aussi le fait que des envois ciblés par l'Agence ne sont pas examinés, notamment, durant les vacances ou congés de maladie. Par exemple, à un port de sortie, il n'y avait eu aucun examen de contrôle des exportations pendant les vacances de l'agent des services frontaliers chargé de cette tâche.

Le logement des Forces armées canadiennes:

-La Défense nationale dépense des millions en logements militaires, sans clairement cerner ses besoins.

-Le ministère n'avait pas déterminé qui, parmi les membres des Forces, devraient bénéficier de logement, ni sous quelle forme, ni à quel endroit.

-En 2015, l'Agence de logement des Forces canadiennes a reçu 6 millions $ de financement, mais avec seulement deux mois pour les dépenser. Les contraintes qu'elle subit limitent sa capacité d'utiliser efficacement les fonds affectés aux logements militaires.

Importants retards et lourdeurs administratives dans le Programme de prestations d'invalidité du Régime de pensions du Canada (qui exclut le Québec) :

-Les retards dans les décisions en appel se sont accrus depuis la création du Tribunal de la sécurité sociale du Canada qui a pourtant été mis sur pied pour améliorer la rapidité et l'efficacité du processus d'appel.

-En 2014-2015, le délai moyen pour rendre une décision dépassait les 800 jours, soit plus du double de temps que cela prenait il y a trois ans (avant la création du Tribunal).

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