Anne Caroline Desplanques
Agence QMI

Anticosti: la valse des chiffres pour trouver de l'or Noir

Anticosti: la valse des chiffres pour trouver de l'or Noir

Pauline Marois lors de l'annonce de l'exploration pétrolière de l'île d'Anticosti. Photo Jocelyn Malette / Agence QMI

Anne Caroline Desplanques

MONTRÉAL - Le gouvernement Marois estime que des milliards de dollars en pétrole dorment à Anticosti. Pourtant, l'industrie et les experts y voient une aventure risquée.

Québec a décidé d'investir 115 millions $ pour «confirmer le potentiel pétrolier de l'île d'Anticosti».

«On parle de 45 milliards $ de retombées potentielles. Il me semble que cela doit en faire rêver certains», déclarait la première ministre le 13 février.

Après quoi, aucun des trois ministres impliqués dans le dossier (Finance, Environnement et Ressour­ces naturelles) n'a accepté nos demandes d'entrevues pour répondre aux doutes des experts.

Une loterie

Pour l'ingénieur géologue Marc Durand, le gouvernement Marois joue à la loterie avec les fonds publics.

«C'est comme si une famille qui a besoin d'argent dépensait 115 $ pour un billet de loterie et disait qu'elle n'avait plus de problèmes financiers parce que le gros lot est de 45 millions $», illustre M. Durand.

«Ce qui est bon dans la démarche, c'est qu'on va savoir réellement ce qu'il y a à Anticosti. Mais, dans son discours, le gouvernement présume déjà de ce qu'il va trouver. Or, il n'y a rien de sûr», s'inquiète pour sa part le professeur Pierre-Olivier Pineau, spécialiste des politiques énergétiques à HEC Montréal.

Dans la même veine, l'économiste Jean-Thomas Bernard, de l'Université d'Ottawa, croit que les attentes devraient être «modestes». «Si les attentes étaient élevées, les géants mondiaux se seraient manifestés», insiste-t-il. Shell a d'ailleurs mené des études sur l'île dans les années 1990, mais n'a pas jugé bon d'y investir.

Longue saga

Le lancement de l'exploration pétrolière à Anticosti vient couronner une saga de plusieurs années marquée par des millions de dollars d'investissements privés et publics.

Entre 2002 et 2007, Hydro-Québec a investi 9,8 millions $ sur l'île par le biais de sa défunte division Pétrole et gaz, démantelée en 2005. Mais elle a conclu à un potentiel commercialement exploitable nul. Après quoi, en 2008, Québec a cédé les droits d'exploration et d'exploitation du territoire au secteur privé (voir carte).

Rapidement, Pétrolia a déclaré que le sous-sol où elle a obtenu des permis pourrait contenir plus de 30 millions de barils de pétrole. Junex a déclaré, elle, que le sous-sol de ses cinq permis pourrait en contenir un peu plus 12 millions.

Les deux compagnies, ainsi que Corridor Resources, fondent leur déclaration sur deux rapports qu'elles ont commandés à Netherland, Sewell and Associates Inc. (NSAI), une firme d'ingénierie basée au Texas, et à la firme calgarienne Sproule.

Pas de preuve

Le rapport de Sproule n'a cependant rien de formel. On y lit plutôt qu'«il n'y a pas de preuve directe que le schiste contient du pétrole mobile potentiellement exploitable».

La firme indique certes que la portion de sous-sol où Pétrolia détient des permis à Anticosti pourrait contenir entre 19 millions et 42 millions de barils de pétrole non découverts. Quant à la portion où Corridor Resources a des droits, elle pourrait renfermer entre 21 millions et 53 millions de barils, également non découverts.

Mais les experts de Calgary sont clairs: «Il n'y a aucune certitude que la moindre portion de la ressource sera découverte. (...)Il n'y a aucune certitude qu'il sera commercialement viable de produire une quelconque portion de cette ressource.»

Dans ce contexte, Jean-Thomas Bernard croit qu'il aurait été préférable de laisser le secteur privé assumer seul le risque, donc les coûts de l'exploration. Même si «115 millions $, dans ce domaine, c'est de la petite monnaie pour déjeuner», indique-t-il.

C'est tout de même trop pour Marc Durand pour qui investir des fonds publics à Anticosti sert moins l'intérêt du public que les intérêts spéculatifs des compagnies pétrolières qui ont vu la valeur de leurs actions bondir en Bourse depuis l'annonce de Québec.



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