Geneviève Lajoie et Louis Gagné
Agence QMI

Charte: la job ou la foi ?

Geneviève Lajoie et Louis Gagné

Dernière mise à jour: 14-01-2014 | 14h21

QUÉBEC - Deux visions opposées de la laïcité se sont affrontées au premier jour de la commission parlementaire sur la charte des valeurs.

Ouvrant le bal des audiences publiques sur le projet de loi 60, l'ex-leader syndical Réjean Parent a soutenu que les fonctionnaires qui refuseront de retirer leurs signes religieux apparents malgré l'interdiction décrétée par la charte des valeurs méritent d'être congédiés.

«À partir du moment où on pose des exigences, je dis que les employés de l'État devront se soumettre à ces exigences-là avec les conséquences qui peuvent s'en suivre [...] et s'ils ne veulent pas suivre les règles, bien jusqu'à un certain point, c'est eux autres qui se congédient ou qui s'excluent», a déclaré M. Parent.

Selon lui, il est tout à fait «raisonnable» de demander à l'ensemble des employés de l'État de laisser leur foi au vestiaire sur les heures de travail. Porter la croix, la kippa, le turban ou le voile au boulot n'est pas un droit fondamental, a-t-il plaidé lors de son passage devant les députés.

Une vision que ne partage pas Samira Laouni, présidente et fondatrice du COR (Organisme pour la communication, l'ouverture et le rapprochement interculturel). Portant le foulard, l'ancienne candidate néo-démocrate est catégorique: confrontée à un choix entre son travail et son voile, elle choisira sa foi. «Choisir entre l'expression de son identité et son travail, c'est un choix très odieux !» a-t-elle plaidé mardi en commission parlementaire.

Néanmoins, en signe «d'ouverture» au dialogue, Mme Laouni accepte d'envisager qu'on interdise le port de signes religieux ostentatoires chez les juges, les policiers et les gardiens de prison. «Il faut trouver un moyen mitoyen pour sortir de cette crise et arrêter ce débat acrimonieux déjà au Québec», insiste-t-elle.

Selon elle, ce sont les femmes musulmanes qui paieront le prix de la charte du ministre Bernard Drainville. «Le monsieur barbu, lui, il ne paye aucun prix ! Je me demande elle est où cette égalité qu'on chérie au Québec!»

Aux yeux de Samira Laouni, le voile est une «prescription religieuse» et fait partie de l'identité des femmes qui le portent.

Professeur à l'École Polytechnique de Montréal, René Tinawi estime au contraire que le foulard islamique n'a rien de religieux. «Le Coran n'oblige aucune femme à porter le voile», précise l'homme d'origine égyptienne.

Ce sont les Frères musulmans qui ont instrumentalisé le foulard pour en faire un vecteur d'action politique en faveur du retour au radicalisme religieux, croit-il fermement. Pour illustrer son propos, M. Tinawi a remis aux députés des photographies des finissants du Département d'anglais de la faculté des Arts de l'Université du Caire. Les cohortes des années 1959 et 1978 ne comptent aucune femme voilée. En 1995, environ 70 % des finissantes portent le foulard. En 2004, toutes les finissantes arborent le voile.

En raison de son quota d'immigration francophone, le Québec accueille une importante proportion de nouveaux arrivants provenant du Maghreb.

Le professeur fait valoir qu'un musulman francophone risque fort d'avoir de la difficulté à s'intégrer, et ce, même s'il partage la langue de sa terre d'accueil, contrairement à un autre immigrant dont la première langue ne serait nécessairement pas le français.

«Si on a des Latinos qui sont ouverts à apprendre le français en deux ou trois ans et s'intégrer, je préférerais ça à des immigrants qui, à cause de la barrière religieuse, ne vont jamais s'intégrer», a-t-il indiqué.

René Tinawi invoque l'urgence d'adopter une charte de la laïcité au Québec.



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