Une cote de 2 % pour le politique à Laval


Mélanie Colleu

Dernière mise à jour: 21-05-2013 | 12h23

MONTRÉAL - Les entrepreneurs «collusionnaires» qui recevaient des contrats de la Ville de Laval devaient reverser 2 % de leur valeur au parti de l'ancien maire Gilles Vaillancourt, a expliqué l'ingénieur Roger Desbois, chargé de recueillir cette fameuse cote.

«Très occasionnellement, c'était 1 %», a tenu à préciser le témoin à la juge Charbonneau.

Aujourd'hui à la retraite, Roger Desbois travaillait pour la firme de génie-conseil Tecsult (devenue Aecom). En 2002, le directeur général de la Ville de Laval, Claude Asselin, lui a directement demandé de tenir le rôle du «collecteur» des ristournes auprès des entrepreneurs «collusionnaires».

En acceptant, il a ainsi pris la relève de son patron Marc Gendron, le président de Tecsult qui était sur le point de prendre sa retraite. Selon le témoin, c'est M. Gendron qui l'aurait recommandé comme «candidat intéressant» auprès de M. Asselin.

Un X en face des contrats truqués

«J'ai dit oui dans l'esprit de continuité. Je ne sentais pas de gravité à accepter ce poste», a-t-il confié au procureur de la commission, Me Tremblay.

Si personne ne lui a expliqué clairement la mécanique, Roger Desbois a très vite compris comment le système fonctionnait.

L'ex-directeur du service ingénierie de la Ville, Claude Deguise, lui remettait la liste des projets octroyés par la municipalité. «Mon document de base», a dit le témoin. Les contrats truqués étaient marqués d'un X.

«C'était ceux à qui je devais rendre visite pour récolter la cote», a-t-il indiqué le plus naturellement du monde.

Il prenait alors contact avec les entrepreneurs en question, qui apportaient en général la somme en argent comptant à son bureau.

En 2008, lorsque Jean Roberge a remplacé Claude Deguise, «c'était plus difficile», a révélé M. Desbois. Plus aucun contrat arrangé n'était identifié. Le «collecteur» devait alors se renseigner auprès d'autres sources, du côté des entrepreneurs.

Le témoin a tenu à préciser qu'il ne truquait pas les contrats. «Je récoltais seulement l'argent».
18 «collusionnaires»

Selon lui, les gros «collusionnaires», qu'il a qualifiés de «réguliers», raflaient environ 80 % des projets publics lavallois, majoritairement dans les domaines des égouts, des aqueducs, des trottoirs et du pavage.

Le 20 % restant revenait à d'autres entrepreneurs, plus petits. «Ce n'était pas un système hermétique sur tous les mandats, on laissait quand même la chance aux petites entreprises d'aller chercher des contrats», a-t-il expliqué.

D'après son témoignage, Louisbourg, Simard-Beaudry, Nepcon, Poly-excavation, Josselin Dufresne et J. Dufresne Asphalte formaient le noyau dur des gros «collusionnaires». Il a cependant identifié 18 entreprises qui auraient participé à ce système et versé des ristournes.

Qui est Roger Desbois ?

Le nom de Roger Desbois apparaît dans le mandat d'arrestation de l'UPAC mais il n'a pas été épinglé lors du gros coup de filet survenu début mai à Laval, au cours duquel 37 personnes ont été arrêtées.

Il aurait collaboré avec les enquêteurs.

Ce n'est pas la première fois qu'il participe aux travaux d'une commission d'enquête. Il a pris part à celle du viaduc de la Concorde en 2007.


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