L'alarme de la retraite


Régys Caron

QUÉBEC - Les Québécois doivent se résigner à épargner davantage et à travailler plus longtemps s'ils veulent échapper à la pauvreté une fois à la retraite.

Dans un rapport fort attendu dévoilé mercredi à Québec, l'équipe d'experts dirigée par Alban D'Amours sonne l'alarme quant à la retraite qui attend les travailleurs québécois. Sur les quatre millions de travailleurs, 2,1 millions $ participent à un régime d'épargne collective en vue de leur retraite et 1,8 million $ sont laissés à eux-mêmes. Dans les deux cas, les provisions financières sont insuffisantes puisque les régimes de retraite québécois accusent un déficit de 41 milliards $.

Le rapport D'Amours propose d'abord au gouvernement d'innover en créant un «régime de rente de longévité» devant couvrir les coûts liés au prolongement de l'espérance de vie. Il s'agirait d'un régime d'épargne obligatoire qui consisterait à recueillir annuellement 3,3 % du salaire de chaque travailleur, payé à 50-50 par employés et employeurs.

Rente à 75 ans

La Régie des rentes du Québec recueillerait ainsi quatre milliards $ par année, de quoi verser pour chaque travailleur une rente à prestations déterminées à partir de l'âge de 75 ans. «Il faut que les gens économisent beaucoup plus, aujourd'hui, pour financer leur retraite», a précisé le fiscaliste Luc Godbout, membre du Comité D'Amours.

Ce régime profiterait particulièrement aux travailleurs qui ne participent pas à un régime d'épargne-retraite avec leur employeur. Les cotisations à ce régime seraient proportionnelles au salaire. Par exemple, la contribution s'élèverait à 421,58 $ pour un travailleur ayant un salaire annuel de 25 550 $ et à 843,15 $ pour un travailleur gagnant 51 100 $ et plus. Ces cotisations donneraient droit au même crédit d'impôt que celui lié aux cotisations à la Régie des rentes. La rente serait proportionnelle aux cotisations versées.

Les travailleurs qui participent à un régime de retraite de concert avec leur employeur devraient cotiser à ce régime sans pour autant recevoir de bonification de leur rente de retraite. Sauf de voir leur caisse de retraite se solidifier puisque le nouveau régime viendrait réduire la pression financière sur les régimes privés.

Déficits

Les membres du Comité D'amours s'inquiètent d'ailleurs de l'ampleur des déficits actuariels des régimes à prestations déterminées, auxquels participent 1,4 million des travailleurs (35 %). Ces déficits ont été creusés par l'augmentation de l'espérance de vie des travailleurs, des retraites hâtives, la baisse combinée des taux d'intérêt et des rendements boursiers et les congés de cotisation que se sont accordés les participants. La situation est critique, disent-ils.

Le Comité recommande de maintenir les régimes à prestations déterminées à condition d'en réduire les coûts. Ils offrent la meilleure protection financière. «On ne peut pas compter sur une embellie des marchés financiers», a indiqué Alban D'Amours. Syndicats et employeurs auront cinq ans pour négocier les rajustements. Ces derniers auront le dernier mot en cas de désaccord.

Le rapport recommande aussi la mise en œuvre de régimes volontaires d'épargne retraite telle que proposée dans le budget de l'ex-ministre des Raymond Bachand. Il s'abstient de recommander de modifier l'âge de la retraite, «un choix personnel», estime M. D'Amours.

Rente longévité : une mesure qui profitera aux plus jeunes travailleurs

La rente longévité, si elle est implantée, profitera surtout aux travailleurs qui cotiseront sur une plus longue période, soit aux jeunes. Ainsi, un travailleur âgé de 25 ans qui cotisera durant 40 ans touchera, à l'âge de 75 ans, une rente équivalente à 20 % de son salaire moyen. À l'inverse, un travailleur qui commencerait à cotiser à l'âge de 45 ans, et ce, jusqu'à l'âge de 64 ans (période de 20 ans), recevrait des prestations représentant 10 % de son salaire moyen. Ce taux chute à 2,5 % pour un travailleur en fin de carrière qui n'aurait cotisé que durant les cinq dernières années de sa vie active (60 à 64 ans).

Rente longévité d'un travailleur ayant gagné un salaire moyen de 25 550 $ durant sa carrière

Période de cotisation de 40 ans (25-64 ans) : 5110 $ (20 % du salaire moyen)
Période de cotisation de 20 ans (45-64 ans): 2555 $ (10 % du salaire moyen)
Période de cotisation de 5 ans (60-64 ans) : 639 $ (2,5 % du salaire moyen)

Source : Rapport du Comité d'experts sur l'avenir du système de retraite québécois

Les travailleurs québécois à la retraite

Nombre de travailleurs au Québec : 3 954 000
Travailleurs qui ne participent à aucun régime collectif : 1 861 000 (47 %)
Travailleurs participant à un régime collectif : 2 093 000 (53 %)
Travailleurs participant à un régime à prestations déterminées : 1 379 000 (35 %)
Travailleurs participants à un régime à cotisations déterminées : 164 000 (4 %)

Source : Régie des rentes du Québec

Répartition des travailleurs bénéficiant d'un régime à prestations déterminées

Secteur public : 866 000 (63 %)
Secteur privé : 513 000 (37 %)
Nombre total de travailleurs : 1 379 000

Source : Régie des rentes du Québec

Solvabilité des régimes à prestations déterminées supervisés par la RRQ

Degré de solvabilité inférieur à 80 % : 1 074 000 participants et bénéficiaires (88 %)
Degré de solvabilité entre 80 % et 100 % : 134 000 participants et bénéficiaires (11 %)
Degré de solvabilité supérieur à 100 % : 18 000 participants et bénéficiaires (1 %)

Source : Régie des rentes du Québec



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