La présidente de l'OQLF quitte son poste


Étienne Laberge et Louis Gagné

Dernière mise à jour: 08-03-2013 | 22h27

MONTRÉAL - La présidente de l'Office québécois de la langue française (OQLF), Louise Marchand, quitte son poste quelques jours après le «pastagate».

L'affaire des pâtes italiennes au restaurant Buonanotte aura eu raison de Mme Marchand, montrée du doigt depuis plusieurs mois pour sa gestion discutable du processus des plaintes à l'OQLF.

C'est la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy qui en a fait l'annonce vendredi, en même temps qu'une restructuration de l'organisme.

«Les pastas, on a tous trouvé la sauce aigre-douce», a commenté Mme De Courcy, soulignant ainsi que cette histoire avait fait couler beaucoup d'encre.

Le restaurant visé, sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal, s'était vu interdire l'appellation «pasta» parce qu'il ne s'agissait pas d'un terme en français.

Il y a deux ans, le magasin de meuble Kif-Kif Import, sur le Plateau, s'était lui aussi vu harceler par l'OQLF sous prétexte que l'enseigne de son entreprise n'était pas en français. Les mots se trouvaient pourtant dans le dictionnaire.

Le départ de Louise Marchand serait le résultat «d'un commun accord» entre Mme Marchand et la ministre.
«Modernisation»

La ministre en a profité pour annoncer qu'un important chantier sera mis sur pied dans les prochaines semaines dans le but de revoir le système des plaintes à l'OQLF.

«Il y a une culture organisationnelle importante à modifier à l'office, a fait savoir la ministre. On propose une modernisation.»

Pour ce faire, Québec souhaite miser sur la bonne entente entre les entreprises et les enquêteurs responsables des litiges.

«L'approche avec les entreprises doit inclure un accompagnement tout au long du processus d'enquête découlant d'une plainte», a-t-elle poursuivi.

Elle a constaté que le propriétaire d'un commerce était trop souvent accusé d'enfreindre la loi sans qu'il en ait été informé au préalable. La communication entre les exploitants et les fonctionnaires de l'OQLF était souvent déficiente.

Ainsi, le ministère fera tout pour éviter «les irritants» dans le mécanisme des plaintes. Toutefois, Diane De Courcy entend respecter rigoureusement la législation. La refonte de la loi 101, prévue par son gouvernement, est vue comme une occasion unique de revoir la gestion des plaintes.

C'est le sous-ministre associé à la langue française, Jacques Beauchemin, qui occupera le poste de président par intérim à l'OQLF. Un remplaçant permanent sera désigné d'ici quelques semaines.

OQLF : la CAQ demande discernement et jugement

«Ce que l'on souhaite, c'est que le gouvernement du Parti québécois mette en place, à la tête de l'Office québécois de la langue française, quelqu'un qui aura du discernement, du jugement, et qui pourra rétablir la crédibilité de l'Office québécois de la langue française», a fait savoir la porte-parole de la CAQ pour la Charte de la langue française, Nathalie Roy.

Le Québec a fait rire de lui dans les journaux avec ce qui s'est passé dans l'histoire du «Pastagate», a expliqué Mme Roy.

«Alors quand c'est rendu que certains de vos employés, les employés de l'Office, appliquent peut-être d'une façon douteuse ou avec peu de jugement les règlements, il est temps de sévir, a-t-elle indiqué. Il est temps de sévir puis il est temps de remettre les pendules à l'heure. Et ça, on en a bien besoin de rétablir notre crédibilité.»

Nathalie Roy a toutefois insisté sur l'importance de l'OQLF.

«L'Office québécois de la langue française a sa place, c'est important, a-t-elle dit. Nous ce qu'on dit à la Coalition avenir Québec, c'est que ce n'est pas vrai que c'est le Parti québécois qui a le monopole de la défense de la langue française. Nous sommes pour la défense de la langue française et l'Office est un organe qui nous permet justement de surveiller.»

Réaction du QCGN

Le Quebec Community Groups Network (QCGN), un regroupement d'organismes communautaires anglophones du Québec, s'est dit déçu de la décision de la CAQ d'appuyer certains éléments du projet de loi 14, estimant que le projet «doit être défait dans son ensemble», peut-on lire dans le communiqué émis vendredi soir.

«... nous craignons que le parti [la CAQ] appuie les changements à la Charte des droits et libertés de la personne, lesquels affaibliraient les protections établies contre la discrimination linguistique, en influençant la façon dont les tribunaux interprètent le reste de la Charte», a ajouté le QCGN.



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