Jules Richer
Agence QMI

Mgr Ouellet pape ? Dieu seul le sait


Jules Richer

«Qui entre pape au conclave en ressort cardinal.» Ce vieil adage bien connu à Rome résume bien la difficulté de faire des prédictions sur le prochain pape.

Et, pour Mgr Marc Ouellet, c'est d'autant plus vrai que l'ex-archevêque de Québec fait clairement partie des «papabili».

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Mgr Ouellet dispose de plusieurs atouts pour devenir le prochain pontife. Il connaît très bien les rouages du Vatican, il parle couramment cinq langues outre le français (anglais, espagnol, portugais, italien et allemand), il serait un des préférés de Benoît XVI pour lui succéder et, finalement, il a de solides appuis dans l'Église de l'Amérique latine, où près de la moitié des catholiques de la planète se retrouvent.

«Beaucoup de choses jouent en sa faveur. C'est un homme qui a les caractéristiques générales qu'on attend d'un pape», affirme Solange Lefebvre, professeure à la faculté de théologie et de sciences des religions de l'Université de Montréal.

Mais Mme Lefebvre n'est pas prête pour autant à dire qu'il sera le prochain pape. «Personne ne sait à l'heure actuelle qui va être élu», précise-t-elle.

Pour le découvrir, il faudrait être en mesure de lire dans les cœurs et les esprits des 115 cardinaux qui se réuniront en conclave dans les prochains jours au Vatican. La balle est entièrement dans leur camp.

Comme plusieurs observateurs tiennent à le souligner, le choix d'un pape n'a rien à voir avec un concours de popularité. Le processus ne ressemble surtout pas à celui d'un congrès à la chefferie d'un parti, où sondages et commentateurs peuvent faire la différence.

Les cardinaux, souligne-t-on, doivent se demander en leur âme et conscience qui fera le meilleur pape, peu importe d'où il vient, peu importe sa couleur de peau.

Et le Québec ?

Mais Solange Lefebvre se demande à quel point le fait que Mgr Ouellet soit originaire du Québec, où la religion n'a pas bonne presse, pèsera dans la balance. «Le Québec, dit-elle, a été particulièrement virulent au cours des dernières années sur le plan religieux et le passage de Mgr Ouellet (comme archevêque de Québec) a été passablement controversé.»

On sait que les déclarations du prélat contre l'avortement avaient suscité beaucoup de désapprobation parmi les Québécois.

Mme Lefebvre craint l'allure que prendrait le premier passage de Mgr Ouellet comme pape au Québec. «Y aura-t-il des manifestations ? »

« Au Québec, on est capable de manquer certaines fois de pragmatisme. Je me demande comment les cardinaux considéreront cela. »

L'élection de Mgr Ouellet parviendrait-elle quand même à renverser la vapeur à l'égard de la foi des Québécois ? Difficile à dire, selon Mme Lefebvre. « Les Québécois se caractérisent beaucoup par une ambivalence à l'égard de l'Église catholique. C'est vrai qu'il y a un discours public critique fort, mais en privé, que ce soit de la part des gens des médias ou des intellectuels, on finit toujours par marquer un certain attachement. »

Chose certaine, le prochain pape, que ce soit Mgr Ouellet ou non, héritera d'une lourde et terrible tâche. «Scandales ou pas, ça prend quelqu'un de solide. C'est une job de fou», conclut Mme Lefebvre.

Le plus long conclave et le plus court

Deux ans, neuf mois et deux jours - En 1268, les cardinaux se réunissent en conclave à Viterbe, dans le centre de l'Italie. En raison de divisions entre les cardinaux français et italiens, les discussions s'éterniseront au point que les habitants de la ville, à bout de patience, commenceront à défaire le toit de l'immeuble où les ecclésiastiques sont réunis et les priveront de nourriture. Ceux-ci finissent par choisir un Italien du nom de Teobaldo Visconti, qui portera le nom de Grégoire X.

Quelques heures - Le 1er novembre 1503, dès le premier vote, les cardinaux élisent, à 37 voix contre une, l'archevêque d'Avignon, Giuliano della Rovere, comme pape. Il s'appellera Jules II. Ce nom passera à l'histoire, puisque ce pontife posera la première pierre de l'actuelle basilique Saint-Pierre de Rome et commandera les fresques de la chapelle Sixtine à Michel-Ange.

Un cérémonial lourd de symboles

Le décor de la chapelle Sixtine est grandiose, les discussions y sont archisecrètes, les vêtements pourpres des cardinaux sont ceux d'une autre époque, l'Esprit-Saint est, semble-t-il, présent pour apporter sagesse et inspiration, bref le conclave qui se réunira très bientôt à Rome pour choisir le successeur de Benoît XVI est chargé d'un cérémonial rempli de symboles.

Organisation planétaire regroupant 1,2 milliard de fidèles, l'Église catholique concentre, pendant le temps d'un conclave, son avenir entre les mains de 115 hommes à la tête grisonnante. Une fois enfermés au Vatican, les cardinaux ne pourront plus communiquer avec le monde extérieur par aucun moyen que ce soit, y compris par Twitter, a-t-on tenu à préciser cette année.

Le conclave s'ouvrira par la procession des cardinaux pénétrant dans la chapelle Sixtine, ornée des chefs-d'œuvre de Michel-Ange, en entonnant la litanie des saints. Les hommes d'Église (il n'y a aucune femme parmi eux) jureront ensuite en mettant la main sur la Bible d'observer le secret le plus strict au sujet de leurs délibérations, sous peine d'excommunication.

Au cours de la première journée, quatre votes sont prévus (si nécessaires), deux dans l'avant-midi et deux autres l'après-midi. Le rythme pourra ralentir dans les journées suivantes. Une majorité des deux tiers des voix est nécessaire pour élire un pape. Après chaque vote, on brûle les bulletins auxquels on ajoute un produit chimique. Si le choix est fait, une fumée blanche s'élèvera d'une des cheminées de chapelle Sixtine; sinon ce sera une fumée noire.

Même si dans l'histoire certains conclaves se sont étirés (voir encadré), les deux plus récents, en 1978 (Jean-Paul II) et en 2005 (Benoît XVI), n'auront duré que quelques jours.



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