Le procureur somme Marcil de réfléchir avant de répondre

Dernière mise à jour: 25-02-2013 | 19h19

MONTRÉAL - Le procureur en chef adjoint, Denis Gallant, a terminé la journée en sortant un lapin de son chapeau pendant qu'il interrogeait l'ancien directeur du service de la réalisation des travaux à la Ville de Montréal Robert Marcil devant la commission Charbonneau, lundi.

Pendant de longues minutes, le procureur a tenté d'établir les liens qu'entretenait M. Marcil avec de nombreux entrepreneurs. Robert Marcil a confirmé avoir échangé des appels et partagé des repas avec plusieurs d'entre eux et a même avoué s'être rendu à une reprise chez Tony Catania, de CATCAN.

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Le témoin a toutefois nié s'être déjà rendu au siège social d'une entreprise pour y rencontrer un entrepreneur. Or, en toute fin de journée, Me Gallant a produit deux appels téléphoniques entre M. et un certain Robert Lapointe en juin 2009 et au cours desquels il est question d'une rencontre dans les bureaux de ce dernier. Ces appels ont été enregistrés dans le cadre du projet Diligence.

En guise de conclusion, le procureur a donné un avertissement au témoin. «Je vais vous demander de réfléchir à vos réponses aux questions que je vais faire demain et je vous demanderais de consulter quelqu'un pour qui j'ai beaucoup d'estime, qui est votre avocat. Il discutera de certaines choses avec vous.»

Par ailleurs, Robert Marcil a raconté qu'il avait appris dans le cadre de la commission Charbonneau que certains de ses fonctionnaires avaient été corrompus. Il a aussi avoué avoir participé, au fil des ans, à de nombreux événements à l'invitation d'entrepreneurs et de firmes de génie; tout cela pour «les bonnes relations d'affaires».

Lorsque le procureur a demandé à l'ancien directeur des travaux publics s'il avait mis en place des mécanismes visant à ce que les fonctionnaires de son service évitent de se retrouver en conflit d'intérêts en recevant de nombreux cadeaux, Robert Marcil a répondu par la négative.

«On peut se demander en 2013 si c'est éthique, mais c'était une pratique d'affaires courante», a-t-il ajouté.

Porte ouverte à la collusion

Plus tôt en après-midi, Robert Marcil a avoué du bout que des lèvres que certaines pratiques de la Ville de Montréal ont pu contribuer à la mise en place d'un système de collusion entre les entrepreneurs.

En expliquant en détail le déclenchement du processus d'appel d'offres, il a admis que les entrepreneurs pouvaient connaître non seulement le nom des entreprises qui allaient soumissionner pour un projet, mais aussi la valeur estimée du contrat.

«Les deux éléments dont on vous parle, notamment la liste des entrepreneurs qui vont chercher les documents d'appel d'offres, ainsi que l'estimation des prix qui est faite par la conception... Vous êtes d'accord que ces deux éléments, ensemble, sont propices à la collusion?» a demandé Me Gallant. «Ce sont des éléments qui peuvent favoriser, effectivement», a confirmé M. Marcil.

Aucune expertise en estimation

Plus tôt, Robert Marcil a expliqué comment la Ville faisait pour en arriver à estimer le coût total d'un projet. Selon lui, une estimation peut être faite ou par historique (avec le logiciel GESPRO, par exemple, en se basant sur le coût d'autres projets semblables) ou par un estimateur professionnel, ce qui est peu fréquent au Québec, a-t-il reconnu. À Montréal, l'estimation du projet était donc laissée au bon jugement de l'ingénieur.

«Est-ce que GESPRO faisait en sorte que les estimations étaient 30 % plus chères?» a alors demandé Me Gallant. «GESPRO, ce n'est pas un outil de travail qui donne la vérité. [...] Je demandais à nos ingénieurs d'interpréter avec beaucoup de doigté les chiffres qui sortaient de GESPRO de façon à ce qu'on n'utilise pas ces chiffres-là de façon bête et méchante», a expliqué Marcil.

Jusqu'à 85 % plus cher qu'ailleurs

En avant-midi, l'analyste-enquêteur Guy Desrosiers est venu compléter son témoignage amorcé jeudi dernier.

Son analyse de rapports produits par différentes personnes entre 1997 et 2010 lui a permis d'en arriver à la conclusion que la Ville de Montréal payait trop cher (parfois jusqu'à 85 % plus cher qu'ailleurs) pour ses travaux d'égouts et d'aqueduc comparativement aux autres villes de la province.

M. Desrosiers a aussi expliqué que la Ville n'avait tout simplement pas réagi aux signaux d'alarme qui lui ont été envoyés. Le témoin a d'ailleurs été en mesure de confirmer que le directeur général de la Ville de Montréal a été informé dès 2006 de la situation préoccupante relativement à l'octroi des contrats publics.

Cette année-là, le vérificateur interne de la ville, Denis Savard, a écrit au directeur général, Claude Léger, pour lui faire part d'un environnement qui ne favorisait pas la saine concurrence à Montréal. Pour appuyer ses dires, M. Savard expliquait alors les liens entre certaines entreprises et le fait que seulement quatre entrepreneurs se soient partagé plus de 56 % des contrats en 2005.
En guise de conclusion, Guy Desrosiers a résumé trois «axes» sur lesquels la Ville aurait pu intervenir au cours des ans à la suite des rapports: un manque de rigueur dans l'estimation des coûts, une faiblesse dans le suivi des projets et une révision du processus d'appel d'offres.

La procureure Claudine Roy a indiqué lundi matin que l'ex-directeur général de la Ville de Montréal Claude Léger - qui avait été congédié dans la foulée du scandale des compteurs d'eau - devra venir témoigner devant la commission.

Claude Léger s'est fait montrer la porte par l'ex-maire Gérald Tremblay 2009. Après avoir quitté la direction de la Ville, il a été embauché par la firme de gestion de projet Macogep. Il fait partie de la haute direction de l'entreprise à laquelle Montréal fait régulièrement appel.


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