Contrats du MTQ: Lalonde a gâté un contact influent


Mélanie Colleu

Dernière mise à jour: 29-01-2013 | 15h03

MONTRÉAL - Un pot-de-vin de 25 000 $ et de généreux cadeaux auraient permis à la firme de l'ingénieur Michel Lalonde de décrocher plusieurs contrats avec le ministère des Transports du Québec.

Michel Lalonde a avoué aux commissaires que son entreprise de génie-conseil, Groupe Séguin, avait un contact privilégié, Claude Millaire, qui siégeait de temps en temps sur des comités de sélection du MTQ.

Les membres de ces comités sont chargés d'octroyer les contrats aux firmes les plus compétentes, grâce à un système de notation.

Le hasard faisant parfois bien les choses, Claude Millaire se trouvait être un ami de Gilles Thibodeau, l'un des associés à l'époque de Michel Lalonde.

Ce lien étroit entre les deux hommes aurait alors permis au Groupe Séguin de faire fructifier ses affaires. Lorsqu'il siégeait sur un comité de sélection chargé d'octroyer un contrat pour lequel la firme de génie-conseil soumissionnait, M. Millaire se serait tout simplement arrangé pour que le mandat lui revienne.

En échange, Claude Millaire recevait de généreux cadeaux, comme une caméra, un cellier, ou encore un téléphone cellulaire avec forfait payé pendant plusieurs années par l'entreprise.

Lors d'une rencontre avec Michel Lalonde, M. Millaire lui aurait fait savoir que sa machine à café ne marchait plus.

«Quand on fait du développement des affaires, on doit être alerte sur ces choses-là», a signalé M. Lalonde, qui a alors offert une machine à expresso neuve - d'une valeur de 1500 $ - à son contact.

Grâce à sa place stratégique, M. Millaire est également parvenu à obtenir un pot-de-vin de 25 000 $ de la part du Groupe Séguin.

Dans les années 2007-2008, il aurait appelé Michel Lalonde pour lui signifier qu'il allait faire partie du comité de sélection pour un contrat relatif à l'autoroute 30.

«C'était une information intéressante», a reconnu l'ingénieur.

Sa firme a donc préparé le dossier, a soumissionné, et quelques semaines plus tard, M. Millaire lui a annoncé que Groupe Séguin avait remporté le projet de 3 millions $.

«J'aimerais ça que tu en tiennes compte», lui aurait alors glissé Claude Millaire autour d'un lunch.

«Alors, j'ai fait mes devoirs», a dit lors de son témoignage Michel Lalonde, précisant qu'il lui avait versé 25 000 $ en argent comptant.

Peu de marge de manœuvre

Malgré tout, la corruption de Claude Millaire était «un cas d'exception», selon l'ingénieur.

Il a notamment affirmé que les projets provinciaux étaient mieux encadrés que les contrats municipaux.

«C'était toujours plus complexe de demander des extras. Il fallait les justifier», a-t-il par exemple mentionné.

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Il est cependant déjà arrivé que Michel Lalonde parvienne à «accommoder» des entrepreneurs, c'est-à-dire à gonfler certains extras, «mais de façon beaucoup plus modeste» que dans le cadre de contrats municipaux.

Lundi, il avait également raconté que lorsqu'il parvenait à surévaluer les imprévus de chantier pour alimenter le portefeuille des entrepreneurs, il obtenait en retour 25% de ces sommes qu'il réservait au financement illégal des partis politiques.

Dans le cadre des contrats provinciaux, cette ristourne n'existait pas vraiment. M. Lalonde sollicitait plutôt directement les entrepreneurs gagnants pour des contributions politiques.


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