Pratiques douteuses dans le secteur informatique?


Geneviève Lajoie

QUÉBEC - Le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) réclame une commission d'enquête publique sur le secteur informatique au gouvernement, dont les pratiques s'apparentent dangereusement à celles de l'industrie de la construction.

«Concurrence limitée ou même absente, dépendance envers les firmes privées et le coût des travaux explose. Ce sont les trois ingrédients qui nous portent à croire qu'il est important, impératif, voire même essentiel, que nous ayons une commission d'enquête dans ce domaine», a tonné mardi la présidente de la centrale, Lucie Martineau. Elle suggère notamment d'élargir le mandat de la commission Charbonneau pour y inclure l'informatique.

Elle signale que trois firmes - DMR, CGI et LGS - se partagent presque l'ensemble des contrats informatiques du gouvernement.

Fonctionnaires chez les firmes

Un autre phénomène s'avère également préoccupant. Mme Martineau soutient que «beaucoup» de fonctionnaires prennent des années sans solde pour aller travailler avec ces firmes privées après quoi, ils reviennent au gouvernement.

«Un travailleur externe, qui effectue des tâches similaires d'un technicien informatique, peut empocher dépendamment de la firme informatique un salaire incluant les avantages sociaux de 143 000 $, tandis qu'à l'interne, au gouvernement du Québec, le maximum incluant les avantages sociaux est d'environ 68 000 $», plaide la présidente.

La perte de contrôle de l'État sur les dépenses en technologie de l'information découle en grande partie de «l'hémorragie d'expertise interne» des dernières années, croit-elle fermement.

Selon Mme Martineau, le recours à la sous-traitance dans ce secteur coûte deux fois plus cher que le personnel à l'interne.

«Le gouvernement dépense des milliards, mais on constate qu'il n'en a pas pour son argent, insiste-t-elle. On n'affirme pas d'emblée qu'il y a collusion, on n'affirme pas qu'il y a irrégularité, on demande au gouvernement de le valider».

Québec réfléchit

Le gouvernement Marois n'exclut pas d'élargir aux projets informatiques le mandat de la commission Charbonneau.

Jusqu'à maintenant, le secteur informatique semble davantage aux prises avec des problèmes de gestion, estime le ministre Stéphane Bédard. «Mais s'il y avait des événements qui nous portaient à croire qu'on est dans quelque chose qui s'apparente au domaine de la construction, je n'hésiterais pas une seconde pour recommander à Mme Marois de procéder pour un mandat particulier à la commission Charbonneau. On ne ferme pas la porte», a-t-il soutenu, hier, dans un point de presse à Québec.

L'UPAC s'intéresse d'ailleurs déjà à ce secteur. Le grand patron de l'escouade, Robert Lafrenière, l'a confirmé publiquement en décembre dernier.

Le ministre Stéphane Bédard reconnaît que la fonction publique est aux prises avec un sérieux manque d'expertise dans le domaine informatique et soutient qu'il veut renverser la tendance.

Le manque de concurrence dans le secteur informatique est grandement problématique aux yeux du président du Conseil du trésor. Un plan d'action pour une introduction «du logiciel libre de façon plus importante dans la fonction publique» sera déposé prochainement.


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