Des millions dépensés sans justification à l'appui

Audit

La chef d'Attawapiskat, Theresa Spence, a entamé lundi son 27e jour de grève de la faim Photo André Forget / Agence QMI

OTTAWA - La firme comptable Deloitte mandatée par le gouvernement fédéral pour passer au peigne fin les finances de la réserve d'Attawapiskat, en Ontario, affirme que des millions de dollars de fonds publics auraient été utilisés par le conseil de bande sans qu'il y ait de pièces justificatives pour appuyer ces dépenses.

L'entourage de la Chef d'Attawapiskat, Theresa Spence, qui a entamé une grève de la faim le 11 décembre sur l'île de Victoria à Ottawa, a affirmé lundi que la diffusion soudaine de ce rapport n'était rien de plus qu'une «diversion», une campagne «pour discréditer Chef Spence».

L'audit a été demandé par Ottawa l'an dernier lorsque la communauté crie vivant sur le bord de la baie James était en pleine crise du logement. Selon le rapport, l'utilisation de près de 104 millions $ versés à Attawapiskat par le gouvernement entre avril 2005 et novembre 2011 n'a pas été adéquatement appuyée par des documents appropriés. Il s'agirait, selon la firme indépendante, de 400 à 505 transactions.

«En moyenne, 81 % des dossiers n'ont pas de pièces justificatives adéquates, et dans plus de 60 % des cas, il n'y avait pas de document pour expliquer les raisons des paiements», a écrit Serge Desroches, un partenaire chez Deloitte.

«Rien ne démontre que l'organisation a fait preuve de diligence raisonnable dans l'utilisation des fonds publics, notamment dans l'utilisation des fonds pour le logement», peut-on lire également dans le rapport.

Selon un porte-parole du ministère des Affaires indiennes, «le rapport parle de lui-même».

Diversion

Les conclusions du rapport ont été diffusées alors que la chef entamait son 27e jour de grève de la faim. Mme Spence a entrepris son jeûne - elle ne consomme que du bouillon de poisson, de l'eau et du thé - pour convaincre le premier ministre du Canada, Stephen Harper, de la rencontrer afin de remédier, entre autres, aux mauvaises conditions de vie dans sa communauté.

«La sortie de cet audit controversé n'est rien d'autre qu'une diversion des vrais enjeux. Elle a pour objectif de discréditer Mme Spence qui se bat pour une cause plus large, au péril de sa vie», a déclaré l'équipe de la chef en grève de la faim. Mme Spence est à la tête de la communauté d'Attawapiskat depuis 2010. Elle a été sous-chef de 2007 à 2010.

Le mouvement «Idle No More», qui multiplie les manifestations au pays se rallie à la cause de la chef crie qui veut également discuter avec Stephen Harper des traités historiques signés entre les Premières Nations et la Couronne qui, selon elle, sont bafoués par Ottawa. Elle s'oppose aux dispositions de la nouvelle loi C-45 qui redéfinissent la notion des eaux navigables et changent aussi le mode de consultation des communautés quand des terres de réserves sont vendues ou louées.

Bien que Stephen Harper ait annoncé vendredi qu'il rencontrerait les chefs des Premières Nations du Canada le 11 janvier, Theresa Spence a voulu continuer sa grève de la faim, jusqu'à ce que la rencontre ait vraiment eu lieu.

Le député néo-démocrate Paul Dewar estime que tant le gouvernement conservateur que les élus d'Attawapiskat peuvent apprendre de l'audit de la firme Deloitte. Il remet toutefois en question le choix du moment de diffusion du rapport.

Attawapiskat avait fait la manchette en décembre 2011, lorsque la Croix-Rouge avait porté secours à près de 200 résidants qui vivaient dans des cabanes, sans électricité ni eau courante.

En août dernier, la Cour fédérale a dénoncé la décision du gouvernement de mettre les finances d'Attawapiskat en tutelle, décrétant que cette mesure était contre la loi. La Cour a dit qu'il s'agissait d'une solution inappropriée à la crise de logement qui sévissait alors dans la communauté.


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