Jean-Nicolas Blanchet
Agence QMI

Une voiture, un alcootest: la mesure française plaît au Québec


Jean-Nicolas Blanchet

QUÉBEC - Les intervenants en sécurité routière acclament la nouvelle mesure française qui oblige les automobilistes à disposer d'un alcootest dans leur véhicule. Une mesure que le Québec doit copier, juge Jean-Marie De Koninck.

Le président de la Table québécoise de la sécurité routière a estimé qu'il s'agit d'une mesure simple qui permettrait aux automobilistes de mieux évaluer leur capacité de conduite. Il prévoit même «certainement» en discuter à la Table. «C'est une excellente idée! a-t-il dit.

Un des problèmes avec l'alcool au volant, c'est que les gens ne connaissent pas leur taux d'alcool. Ce n'est pas comme la vitesse. L'éthylotest (alcootest) nous dit à peu près notre limite.»

«Soufflez, vous saurez»

La règle adoptée en 2012 en France prévoit que tous les automobilistes doivent dorénavant détenir un alcootest (jetable à usage unique, 2,50 $, ou électronique, 150 $). Après la période de transition de cette nouvelle mesure, à partir de mars 2013, en cas d'infraction, le conducteur qui n'a pas son appareil recevra une amende de 15 $.

Depuis un an, tous les bars français autorisés à fermer après 2 h du matin doivent mettre un alcootest gratuitement à la disposition de la clientèle. Une autre mesure que les intervenants en sécurité routière au Québec ont aussi saluée, indiquant que la province devait imiter l'initiative.

Une vaste campagne de sensibilisation intitulée «Soufflez, vous saurez» a été entamée en France.
On y présente l'alcootest comme un «argument pour convaincre un conducteur qui n'est pas en état de conduire, mais aussi un moyen simple de savoir si un individu a dépassé la limité légale autorisée, soit 0,05 g/l de sang».

Argument de plus

Le coroner André Dandavino, qui a déjà recommandé de doter les véhicules de tels appareils, juge que l'outil deviendrait un argument de plus pour convaincre une personne de ne pas prendre le volant.

«J'ai suggéré que tous les bars aient des éthylotests, mais de munir les véhicules avec ces appareils, ça permettrait aussi d'influencer les gens qui sortent de partys de famille par exemple», a-t-il expliqué.

«C'est comme dans les bars, lorsque vient le temps de persuader quelqu'un qui croit être en mesure de conduire, on lui fait passer le test et il voit lui-même s'il peut prendre le volant», a-t-il poursuivi, ajoutant que l'instrument permettra de donner plus de repères aux automobilistes. «Imaginez qu'on vous demande de ne pas rouler au-dessus de la limite maximale, mais que votre voiture n'a pas de compteur de vitesse, a ajouté le coroner. C'est la même chose pour l'éthylotest, les gens ne peuvent pas le savoir.»

Pour sa part, Éduc'alcool y voit un instrument facile d'usage peu coûteux. «Des gens ont déjà proposé un alcootest intégré à des voitures, a dit Hubert Sacy, le directeur général. On aurait demandé à 90 % des gens qui ne conduisent pas en état d'ébriété de payer 150 $. Nous n'étions pas d'accord, mais là, avec cette mesure, on ne pénaliserait pas trop les gens. On ne peut pas être contre ça.»

Un faux sentiment de sécurité

La Société de l'Assurance automobile du Québec s'oppose à la mesure de la France, plaidant qu'elle ne cadre pas avec son message : «Quand on boit, on ne conduit pas».

«La SAAQ ne le recommande pas. On considère qu'un tel appareil procure un faux sentiment de sécurité, a tranché Mario Vaillancourt, porte-parole à la SAAQ. C'est présenté comme ayant un effet préventif, mais ça ne constitue pas un outil de sécurité routière qui permet d'évaluer les capacités de conduire.»

M. Vaillancourt évoque les risques quant à la mauvaise utilisation de l'appareil, en plus de préciser que l'alcoolémie peut augmenter durant 60 minutes après la dernière consommation.

Modèle français

La France a considérablement amélioré son bilan routier. Par année, deux fois moins de personnes perdent la vie sur les routes qu'il y a dix ans. Bien que son bilan ait été beaucoup plus catastrophique que celui du Québec au début des années 2000, la France présente dorénavant des statistiques comparables à la province pour le nombre de personnes décédées sur les routes.

Contrairement à d'autres mesures de sensibilisation pour contrer la première cause de mortalité sur les routes en France - l'alcool au volant - l'imposition d'alcootests obligatoires a soulevé des tollés. Plusieurs intervenants ont signifié que la plupart des accidents mortels liés à l'alcool impliquaient des automobilistes fortement intoxiqués et non pas des conducteurs près de la limite. Le gouvernement français actuel a d'ailleurs évoqué la possibilité de repousser de nouveau la mesure et songe à réévaluer autant sa pertinence que son applicabilité.



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