Des membres du PLQ seraient impliqués dans des rencontres suspectes


Jean-Louis Fortin

Dernière mise à jour: 27-11-2012 | 15h41

MONTRÉAL – Deux individus associés au parti de l’ancien premier ministre Jean Charest auraient été impliqués dans des rencontres suspectes avec des entrepreneurs en construction, au mystérieux club privé 357C, à Montréal.

Les noms de ces membres du Parti libéral du Québec (PLQ) apparaissent dans une liste qui devrait être présentée devant la commission Charbonneau au cours des prochaines heures.
Ces informations ont été compilées par des enquêteurs de la commission, à partir de la base de données qui était en possession des dirigeants du club.

Les données concernent surtout des personnes invitées au 357C par les entrepreneurs Paolo Catania, de Construction F. Catania, et Joe Borsellino, de Construction Garnier.

Ces deux individus ont été maintes fois associés à des activités de collusion et de corruption, par plusieurs témoins qui se sont présentés devant la commission Charbonneau au cours des dernières semaines.

Mardi après-midi, l'avocat du Parti libéral à la Commission, Michel Décary, a soulevé de vives inquiétudes devant l'éventualité que les noms des deux personnes associées au parti libéral soient dévoilés.

«Une atteinte grave à la réputation est possible. La population, on ne peut pas l'empêcher de tirer des conclusions», a-t-il plaidé.

Le procureur de la Commission, Me Denis Gallant, de son côté, a fait valoir le droit du public à l'information pour qu'on puisse nommer les deux individus en lien avec le PLQ.

Sur la première page de la liste, qui a brièvement été montrée à l'écran, on reconnaît entre autres le nom de l'ancien bras droit du maire Gérald Tremblay, Frank Zampino, parmi les invités de Paolo Catania.

On retrouve aussi Robert Marcil, l'ancien directeur de la réalisation des travaux publics à Montréal, ainsi que le fonctionnaire Luc Leclerc, qui a avoué avoir touché des centaines de milliers de dollars en pots-de-vin au cours de sa carrière.

Il y a également Martial Filion, qui était directeur général de la SHDM à l'époque du scandale du Faubourg Contrecœur.

L'arroseur arrosé

Un entrepreneur qui avait participé à un stratagème de collusion pour un contrat à Montréal s'est fait avoir par celui qu'il croyait être son complice.

Piero Di Iorio, ancien président d’Excavation D.P, a raconté ses déboires mardi devant la Commission Charbonneau.

En 2005, a-t-il dit, la Ville avait lancé un appel d'offres pour du remblayage sur le site de la carrière Demix, dans l'est de Montréal.

Son entreprise, Excavation D.P, voulait absolument obtenir le contrat, car le site était situé à courte distance de ses bureaux. Di Iorio prévoyait soumettre un prix de 1,8 million $.

Il aurait alors été contacté par Jean-Guy Ste-Croix, de la firme Service de location Ste-Croix, une entreprise concurrente qui souhaitait aussi décrocher le contrat.

Après d'intenses discussions, les deux hommes se seraient entendus pour que Ste-Croix remporte la mise, mais utilise les équipements de Di Iorio et partage les profits en deux parts égales.

Ils auraient également convenu que leur soumission la plus basse serait de 2,6 millions $, plus de 700 000 $ en haut de la valeur réelle du contrat.

«Si je peux faire 350 000 $ (de profits) en trois mois, c'est bon, je vais l'essayer», a expliqué le témoin pour justifier sa participation à un stratagème de collusion.

Or, dès que Ste-Croix a obtenu le contrat, il aurait «coupé les ponts» avec Di Iorio, refusant de faire appel à ses services. Il aurait également négligé de lui payer les fausses factures que devait lui fournir son complice, pour un montant total de 350 000 $.

«J'ai pris l'air bête et je lui ai dit ma façon de penser sur sa boîte vocale», a raconté Di Iorio.
L'entrepreneur italien a même décidé de poursuivre son rival, mais a abandonné la cause après que son avocat lui ait fait comprendre qu'il n'avait aucune chance de gagner, ayant lui-même tenté de commettre un acte malhonnête.

«C'est comme un gars qui se fait voler sa drogue et qui appelle la police pour lui dire: je me suis fait voler un kilo», a illustré le témoin.

Le témoignage de Piero Di Iorio s'est conclu mardi matin.


Vidéos

Photos