Michel Leclerc dit que les deux tiers des contrats étaient truqués


Jean-Louis Fortin

Dernière mise à jour: 20-11-2012 | 15h50

MONTRÉAL – L'entrepreneur Michel Leclerc, propriétaire de Terramex, a avoué mardi que plus des deux tiers des contrats publics sur lesquels il a soumissionné entre 1997 et 2009 étaient truqués.

Devant un tableau préparé par la commission Charbonneau, il a confirmé que 44 des 65 contrats, surtout dans le domaine de l'aménagement urbain, avaient fait l'objet de collusion, permettant aux entrepreneurs de s'en mettre plein les poches avec l’argent des contribuables.

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Parce qu'elles s'étaient entendues entre eux, les sept ou huit firmes membres des cartels des parcs et des trottoirs réussissaient à décrocher des contrats publics pour 30% de plus que leur valeur réelle, a raconté M. Leclerc.

En retour, les entrepreneurs devaient remettre des commissions de 1,5% ou 3% à leurs pairs chargés d'entretenir le système.

Parfois, les propriétaires d'entreprises faisaient d’énormes profits uniquement en sous-traitant à un autre membre du cartel l'entièreté du contrat qu'ils venaient de décrocher.

Ainsi, en 2008, Mivela Construction a décroché le contrat de réaménagement de la place Normand-Béthume, au centre-ville de Montréal, pour 3,3 millions $. La firme avait averti les autres de ne pas soumettre de prix plus bas.

Son propriétaire, Nicola Milioto, a ensuite sous-traité le contrat pour 2,6 millions $ à Terramex, un chiffre beaucoup plus près de la valeur réelle des travaux.

Il a ainsi mis 700 000 $ dans ses poches «pour brasser des papiers», selon l'expression employée par la procureure Sonia Lebel.

«700 000 $, c'est une belle marge de profit, ça», a-t-elle remarqué.

«Oui, mais il y a la politique à payer», a répondu Michel Leclerc, en référence à la commission de 3 % qui aurait été versée au parti Union Montréal de Gérald Tremblay.

Michel Leclerc a également raconté, mardi, que son associé Luc Bédard s'était plaint au vérificateur général de la Ville, Jacques Bergeron, en 2008 et 2009.

Terramex voulait sonner l'alarme quant aux écarts importants entre le prix des contrats octroyés par la Ville et leur valeur réelle.

«Le but de dénoncer était d'arrêter le système. On pensait que ça allait donner quelque chose», a-t-il raconté.

Or, selon M. Leclerc, le vérificateur n'a jamais donné suite aux deux plaintes formulées par son entreprise.

Pourtant, le stratagème de collusion était largement connu, a raconté le témoin, à tel point que la firme Be-Con, de Québec, l'a déjà approché pour participer au cartel des trottoirs.

Le propriétaire de l'entreprise lui avait alors demandé 25 000 $ pour «se tasser», ce que Leclerc a refusé.

Un deuxième témoin à la barre

Le courtier en assurances Pierre Papineau s'est présenté à la barre de la commission Charbonneau, mardi après-midi, alors que cette dernière reprenait les audiences publiques.

L'entreprise Excavation Panthère, du prochain témoin André Durocher, était l'une de ses clientes. Dans le cadre de son travail, M. Papineau se spécialisait en assurance d'entreprises; 70 % d'entre elles œuvraient en construction.

En décembre 2008, Pierre Papineau est appelé à intervenir auprès de son client Excavation Panthère. «Mon associé Serge Poirier, qui s'occupe du volet de cautionnement de l'entreprise Conex, a reçu un appel de M. Conte», a rapporté le témoin.

Tony Conte voulait savoir s'il était vrai qu'André Durocher d'Excavation Panthère entendait soumissionner sur un contrat de la Ville de Montréal, pour la rue Chabanel, plus précisément.

M. Papineau reconnaît que cette façon de faire était assez inusitée. «Mais sachant c'était quoi le but de la demande, je trouvais pertinent d'informer M. Durocher», a-t-il ajouté.

Dans le passé, André Durocher lui avait effectivement raconté avoir vu son équipement vandalisé et incendié, alors qu'il exécutait un contrat dans la métropole. Sachant cela, le courtier en assurances trouvait important d'aviser son client de la requête de Conté, «qu'il sache qu'il pouvait se passer quelque chose à Montréal et qu'il subisse des affaires».

Pourquoi sentait-il du danger, lui ont demandé tour à tour la procureure Claudine Roy et la juge France Charbonneau? «On savait que M. Conte faisait partie d'un groupe. Au-delà de ça, comment ça fonctionnait, aucune espère d'idée», s'est contenté de répondre M. Papineau.

Précisant sa pensée, Pierre Papineau a indiqué qu'il craignait qu'André Durocher fasse l'objet de représailles, davantage sur sa personne que sur son équipement. «C'était ma pensée, mais il n'y a jamais personne qui m'a dit ça», a précisé le courtier et témoin.

Après un rapide contre-interrogatoire par l'avocat de la Ville de Montréal, Martin St-Jean, le témoin Papineau a terminé son passage devant la commission.

Le Vérificateur général réagit aux propos de Michel Leclerc

Le Bureau du vérificateur général de la Ville de Montréal a confirmé mardi «avoir eu en 2009, une brève et unique rencontre avec un individu l'informant d'une potentielle collusion entre entrepreneurs faisant affaire avec la Ville de Montréal».

Réagissant aux propos tenus mardi à la Commission Charbonneau par Michel Leclerc de la firme Terramax, le Bureau du vérificateur général a aussi dit que «comme c'est le cas dans tous les dossiers dénoncés au Bureau du vérificateur général, les dénonciateurs sont avisés qu'aucun compte-rendu ne leur sera fait en ce qui concerne les suites données».

Enfin, le Bureau du vérificateur général a rappelé «que son rapport annuel de 2009, rendu public au printemps 2010, faisait ressortir que plusieurs arrondissements de la Ville de Montréal confiaient leurs contrats aux mêmes entrepreneurs».


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