Le virage multiplateforme suscite des questions


Charles-Antoine Gagnon

GATINEAU - Le virage internet que prend Radio-Canada pour diffuser sa production risque de laisser certaines personnes sur le bord du chemin, a prévenu le président du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC), Jean-Pierre Blais.

Dans sa présentation sur le renouvellement de ses licences, lors de la première journée d'audiences devant le CRTC, la haute direction de Radio-Canada/CBC a dit miser sur l'importance de diffuser du contenu en ligne. Certaines productions ou des compléments d'émissions ne sont accessibles que sur TOU.TV ou en baladodiffusion, par exemple.

«Nous devons faire ce choix, a indiqué Hubert Lacroix, président de Radio-Canada. Ce n'est pas une décision facile, mais une décision essentielle dans le monde contemporain des communications. La clientèle s'attend que vous soyez partout, pour tout le monde et ce, de toutes les manières.»

L'internet n'est pas réglementé par le Conseil. M. Blais a d'ailleurs tenu à rappeler à la direction du diffuseur public national qu'il y a encore beaucoup de personnes qui ne sont pas «branchées» sur les nouvelles technologies.

Aussi sur Canoe.ca

«Il ne faut pas laisser personne derrière non plus, a indiqué Jean-Pierre Blais. Il y a des gens qui ne sont pas aussi branchés que d'autres, que ce soit par choix personnel ou par leur proximité aux nouvelles technologies en raison de l'âge ou de leur éducation.»

Radio-Canada/CBC demande par ailleurs un allègement de son fardeau d'imputabilité en réduisant le nombre de rapports qu'elle doit présenter au CRTC.

La société d'État cherche aussi à générer de nouveaux revenus et demande la permission de vendre de la publicité sur ses services Espace Musique et Radio Two. Elle évalue à 16 millions $ les revenus qu'elle pourrait récolter en 2013-2014 par la vente de publicités dans ces deux services radiophoniques.

Dès mercredi, des voix devraient toutefois se faire entendre contre la proposition, a avancé le professeur de communications à l'Université d'Ottawa, Pierre Bélanger.

«Ça repose sur toute la question de l'assiette publicitaire, a indiqué M. Bélanger. Les General Motors, les McDonald's, etc. n'ajouteront pas de subventions additionnelles à leurs budgets publicitaires pour satisfaire Radio-Canada. Tout le monde va s'élever contre ça. Je pense qu'il y a juste Radio-Canada qui pense que c'est une bonne idée.»

Les départs de certains journalistes de Radio-Canada qui ont fait le saut en politique est également une situation qui préoccupe le CRTC, qui, à mots à peine voilés, se demande si un délai d'attente devrait être imposé aux journalistes dans les clauses contractuelles.

Alex Levasseur, président du Syndicat des communications de Radio-Canada, ne voit pas l'utilité d'une «période de refroidissement». Il a précisé qu'il n'y a aucune raison de croire qu'il y a eu entrave au code des pratiques journalistiques.

«Si les électeurs décident que vous n'avez pas eu un bon comportement comme journaliste, probablement qu'ils ne vous voudront pas comme député», a-t-il observé.



Vidéos

Photos