Martin Carrier menacé de mort par la mafia


Jean-Louis Fortin

Dernière mise à jour: 15-11-2012 | 14h49

MONTRÉAL - Un entrepreneur de la région de Québec a subi des menaces de mort à répétition de la part du clan Rizzuto, pour le dissuader d'aller travailler à Montréal.

Les mésaventures de Martin Carrier, qui possède une entreprise de céramique à Lévis, semblent tout droit tirées d'un film et ont été racontées jeudi à la commission Charbonneau.

En 2004, alors qu'il tente de décrocher un contrat pour travailler à Montréal, Carrier reçoit d'abord un coup de fil de l'entrepreneur Francesco Bruno, président de BT Céramique. Ce dernier lui demande de «se tasser» de l'appel d'offres, sous prétexte que le contrat est pour lui.

«Je n'en revenais pas. j'étais surpris, ça n'a pas de bon sens. On ne va pas me contrôler, décider où je vais travailler», a-t-il raconté aux commissaires.

Carrier décide tout de même de présenter une soumission et obtient finalement le mandat de réaliser les travaux. Quatre jours plus tard, il reçoit un appel de Francesco Del Balso, un mafieux du clan Rizzuto.

«Tu partiras pas d'icitte»

«Vous avez fait des travaux en céramique euh... à Montréal? (...) On aimerait ça que tu viens pus ici à faire des travaux», dit Del Balso au bout du fil, dans une conversation présentée hier devant la Commission.

«La prochaine fois tu partiras pas d'icitte, ok?», menace Del Balso.

Martin Carrier, prenant son courage à deux mains, va voir la police et décide de ne pas écouter les menaces. Mais un mois plus tard, il reçoit un autre appel de Del Balso.

«T'as pas écouté, on t'avait averti, c'est fini», lui dit alors le criminel, qui purge actuellement une peine au pénitencier de Drummondville des suites de l'opération antimafia Colisée.

Les menaces de mort ne s'arrêtent pas là, et se sont même poursuivies jusqu'à tout récemment. En janvier 2011, Martin Carrier reçoit une carte de condoléances rose dans les bureaux de son entreprise Les céramiques Lindo 2001 inc.

Sur la page de gauche, on peut y lire une note manuscrite: «Cher ami, ne soumissionne plus à Montréal. Tu risques de voir ta famille recevoir une carte identique à celle-là. Dernier avis».

De la part de Rizzuto

En parallèle, une poursuite de 3 millions $ avait aussi été intentée contre Carrier par Frank Bruno, mécontent que le petit entrepreneur se soit plaint de la situation dans un reportage. La poursuite a été retirée au printemps 2011.

Récemment, Francesco Del Balso aurait même expliqué les motifs des menaces qu'il a proférées à l'endroit de Martin Carrier, lorsqu'il a été rencontré en prison par l'enquêteur Éric Vecchio, de la Commission.

«Il m'a dit que c'est une faveur qu'il avait faite à Nick Rizzuto Sr», a témoigné M. Vecchio.

Del Balso aurait aussi confirmé à l'enquêteur qu'au sein de la mafia italienne montréalaise, c'est Rocco Sollecito qui s'occupait habituellement des activités reliées au secteur de la construction.

On a aussi appris jeudi que Del Balso avait reçu une citation pour comparaître devant la Commission, au cours des prochains mois.

Les audiences de la commission Charbonneau reprendront lundi prochain, à 9h30.


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