Le patron demande un cadeau


Jean-Louis Fortin

MONTRÉAL - Habitué de recevoir des cadeaux d'entrepreneurs en construction, le cadre à la ville de Montréal Yves Thémens a poussé l'audace jusqu'à demander lui-même des billets de hockey à une firme qui décrochait des contrats publics.

Thémens a fait ces aveux mercredi matin, vers la fin de son témoignage devant la commission Charbonneau.

«À une occasion, je crois avoir demandé à un entrepreneur s'il était capable de m'obtenir quatre billets, parce que je voulais emmener les enfants de ma copine au hockey», a-t-il indiqué.

La firme en question était BP Asphalte, qui fait régulièrement affaire avec la Ville. Thémens a dit avoir bel et bien obtenu quatre excellents billets, d'une valeur « d'une centaine de dollars » chacun.

Quand ce n'était pas des billets pour le Centre Bell, Thémens recevait «une ou deux» bouteilles de vin par année, à partir de 2004, ainsi que des paniers-cadeau à Noêl.

Il est aussi allé dans des tournois de golf payés par des entrepreneurs.

De tels cadeaux offerts à des fonctionnaires semblaient tout-à-fait normaux à la division des travaux publics, même si un code d'éthique les interdisant existait déjà à la Ville et à l'Ordre des ingénieurs du Québec.

Ainsi, à une occasion, Gilles Vézina, un collègue de Yves Thémens, lui a proposé d'aller au hockey avec des billets qu'il venait de recevoir d'un entrepreneur.

«Vous ne trouviez pas ça curieux que Gilles Vézina, chef d'équipe, ait des billets de hockey de BP Asphalte?» a demandé la procureure Claudine Roy. «Non», a répondu immédiatement Thémens.

Le témoin a aussi formellement nié avoir été pris en flagrant délit avec une pile de billets de 100 $ dans son bureau, après «être allé voir Tony», comme l'a raconté l'ingénieur Gilles Surprenant à la Commission.

«C'est totalement faux, a dit Thémens devant les commissaires. Je ne comprends pas comment M. Surprenant peut alléguer des choses comme ça.»

Selon lui, Surprenant est «un collègue de travail, pas un ami».

Commission Charbonneau : Michel Paquette est le 20e témoin

Un 20e témoin a été invité à se rendre à la barre de la commission Charbonneau, mercredi. Il s'agit de Michel Paquette, agent technique chargé de la surveillance des travaux, à la Ville de Montréal.

«Je faisais mon possible pour pallier au manque d'effectifs», a-t-il expliqué, alors qu'il était le seul surveillant de chantier pendant quelques mois en 2005.

Avec le temps, a raconté le surveillant, il a identifié des entrepreneurs auxquels il faisait confiance, à force de travailler avec eux. Dans les situations qui concernaient ces compagnies, M. Paquette se permettait de prendre en note des extras demandés sans nécessairement se rendre sur place pour confirmer.

Ainsi, avec Construction Garnier, Bentech Construction et Construction F. Catania, «je jugeais que ça allait vraiment bien [...] au niveau des équipes de terrain, que je connaissais», a dit le témoin.

Le chargé de projet était d'ailleurs au courant de cette pratique.

Michel Paquette tient tout de même à préciser qu'il y avait des limites, sans les définir avec exactitude. «Quand c'était des trucs assez importants, j'allais sur le terrain pour au moins valider ça», a-t-il indiqué.

«Jusqu'à combien de mètres cubes vous leur faisiez confiance?», lui a alors demandé la juge France Charbonneau. M. Paquette a déclaré ne pas pouvoir chiffrer sa réponse en termes de mètres cubes.

M. Paquette a été invité à décrire ses rapports avec les ingénieurs Luc Leclerc et Gilles Surprenant. Avec le premier, l'agent technique a indiqué avoir déjà joué au golf. Michel Paquette s'est toutefois dit moins familier avec Gilles Surprenant. Il n'y avait pas de conflit connu avec aucun des deux.

M. Paquette a été suspendu sans solde par la Ville, le temps de mener une enquête sur les allégations qui ont entaché son nom.
L'interrogatoire a été mené par le procureur Simon Tremblay.



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