Lavallée dit avoir été tenu dans l'ignorance


Jean-Luc Lavallée

QUÉBEC - André Lavallée s'est défendu lui-même sur la place publique, mardi, disant avoir été tenu dans l'ignorance quant à «l'existence d'un "pattern" de collusion et de corruption» à la Ville de Montréal lorsqu'il siégeait au comité exécutif.

Le bras droit du ministre Jean-François Lisée, à la métropole, est sorti de son mutisme, ayant été relevé de son devoir de réserve par son patron afin qu'il puisse raconter «sa vérité». Son intégrité avait été mise en doute par les partis d'opposition depuis quelques jours.

Lors d'un point de presse à l'Assemblée nationale, il a déclaré qu'il n'avait jamais été informé des conclusions troublantes d'un rapport, produit en 2004, qui révélait que la Ville de Montréal payait jusqu'à 40% trop cher pour ses contrats publics. M. Lavallée est arrivé en 2005, lorsqu'il a été élu maire de l'arrondissement de Rosemont-La-Petite-Patrie.

«J'ai appris en même temps que vous, la semaine dernière, qu'un rapport avait été déposé en 2004 et [n'a] jamais été présenté par qui que ce soit. Ça a été confirmé par le dg actuel de la Ville, M. Hébert, qui a rendu public ce rapport, mais aussi cinq autres rapports. Il dit lui-même que les élus ne les ont jamais vus», s'est-il défendu.

À qui la faute?

Pourquoi n'a-t-il pas été informé des conclusions du rapport de 2004 ? «Je ne le sais pas. Ça pose une très grave question», a-t-il répondu, refusant de jeter la pierre à quiconque. Il préfère laisser à la commission Charbonneau la tâche de tirer des conclusions. «Je respecte le travail de la commission, je leur ai transmis des faits, des observations. À eux de juger ce qu'ils vont en faire.»

M. Lavallée s'est défendu de n'avoir rien fait. Il affirme qu'il est intervenu à plusieurs reprises, et qu'il a posé «un très grand nombre de questions» quand on l'a informé, entre 2005 et 2009, de gonflements de coûts dans certains contrats. «Je ne vous dis pas qu'on ne savait rien. Je vous dis que quand j'ai su des choses, je suis intervenu.» Les réponses qui ont été fournies aux élus, à l'époque, n'étaient pas les bonnes, constate-t-il avec du recul.

Lisée pourfend l'opposition

Ulcéré par la «partisanerie crasse qui nuit au Québec», le ministre Lisée a pourfendu les partis d'opposition, leur reprochant d'avoir soulevé des questions «absurdes» et «sans aucune base factuelle» à l'égard de son proche collaborateur.

Il a défendu bec et ongles M. Lavallée, son secrétaire général associé (l'équivalent d'un sous-ministre), et a déploré les «accusations par association rétroactives» des libéraux. André Lavallée, a-t-il dit, est un «précurseur qui a fait avancer Montréal dans la modernité», évoquant ses réalisations (notamment le BIXI) , et rappelant surtout qu'il a été l'un des premiers à se lever et à dire «c'est assez !» quand il s'est opposé au contrat des compteurs d'eau. «Des André Lavallée, il en faudrait mille!» a-t-il ajouté en Chambre, pressé de questions par la députée libérale Lise Thériault. Cette dernière l'a accusé de «pédaler» et de «se mettre la tête dans le sable» en se contentant des réponses fournies par M. Lavallée.

Le chef de la CAQ, François Legault, n'a pas non plus été rassuré par ses explications. «Si M. Lavallée, pendant le temps qu'il a été au comité exécutif, n'a pas compris que les prix à Montréal étaient soufflés de 30 %, bien, j'ai un problème avec sa compétence», a-t-il dit.



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