Des escortes en cadeau


Jean-Louis Fortin

Dernière mise à jour: 13-11-2012 | 22h59

Prêts à tout pour tenter de corrompre Gilles Vézina, chef d'équipe à la Ville de Montréal, des entrepreneurs en construction ont même offert de lui payer les services de prostituées, a-t-il révélé mardi à la commission Charbonneau.

Il a raconté qu'à deux occasions, alors qu'il était en position d'autorité, des entrepreneurs, «Ferland et Piazza», l'ont invité à souper dans des restaurants du centre-ville, puis l'ont invité à aller terminer la soirée dans une chambre d'hôtel en compagnie d'escortes.

«J'ai refusé. J'étais marié depuis 3-4 ans, et ce n'était pas un jeu qui m'intéressait», a expliqué le témoin, sous serment.

Gilles Vézina n'a pu dire si de telles offres avaient aussi été faites à certains de ses collègues. Il a par contre détaillé les autres cadeaux qu'il recevait.

Comme la plupart de ses collègues, il se faisait offrir une bonne trentaine de bouteilles de vin chaque année par les entrepreneurs.

«C'étaient toujours des vins italiens en général qu'on recevait», a-t-il précisé.

Vézina, qui est en ce moment suspendu sans solde dans le cadre d'une enquête interne de la Ville, s'est aussi fait offrir des bouteilles de boisson forte, soit du cognac et du rhum, à quelques reprises.

Le chef d'équipe se faisait inviter à dîner au restaurant au moins une vingtaine de fois par année. Les entrepreneurs en profitaient pour faire avancer leurs dossiers de réclamations d'extras, et ils s'assuraient de transmettre le message aux bonnes personnes.

Mais, comme la veille, le témoin a assuré qu'il n'avait jamais avantagé certains joueurs de manière frauduleuse.

«Moi, le secret de Polichinelle, je n'en faisais pas partie, parce que je n'étais pas au courant», a-t-il dit, assurant avoir pris connaissance des méfaits de Gilles Surprenant et Luc Leclerc «à la télévision».

«C'est en 2009 que j'ai appris par les médias que les entrepreneurs s'organisaient ensemble», a même affirmé Vézina.

Homme de confiance

Pourtant, soutiennent les procureurs de la commission, Gilles Vézina devait bien se douter qu'il y avait anguille sous roche lorsqu'il a appris que son employé Luc Leclerc avait fait bâtir sa luxueuse maison tout juste à côté de celle de Paolo Catania.

Leclerc lui-même a avoué qu'au moins cinq entrepreneurs avaient fourni des services gratuits pour la construction.

«Je n'ai jamais demandé rien, et je n'ai jamais su rien», a insisté Gilles Vézina, visiblement irrité de l'insistance des commissaires.

Leclerc était d'ailleurs l'homme de confiance de Vézina, qui lui confiait la plupart des gros mandats parce qu'il le considérait comme «son meilleur ingénieur».

Le témoin a même avoué, un peu plus tard, qu'il ignorait que la loi oblige à lancer un appel d'offres pour un contrat municipal dont la valeur dépasse 100 000 $.

Parfois exaspérée, la présidente France Charbonneau est intervenue pour lui rappeler que, en tant que patron, il ne pouvait pas toujours laisser la responsabilité aux autres.



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