«Dans mon bureau, à porte fermée, en bon français, j'ai pété une coche. J'ai dit: là, je ne sais pas ce qui se passe, vous ne me mettez pas au courant du financement. [...] Je veux savoir ce qui se passe... Est-ce qu'on est dans le trouble (avec le budget)?» a alors demandé Martin Dumont aux deux autres.
Marc Deschamps lui remet donc un document, divisé en deux sections, chacune présentant un budget distinct. «C'est pour ça qu'on a un budget officiel et un budget officieux», lui a expliqué l'agent.
«C'est à ce moment-là que le maire de Montréal, Gérald Tremblay, s'est levé et qu'il a dit: ''Moi, je n'ai pas à savoir ça''», a ajouté M. Dumont. Il a ensuite quitté le bureau en fermant la porte.
Après cette découverte, il a pris de longues vacances pour ensuite revenir en poste, car même s'il était «dégoûté de la situation», il y avait selon lui des «gens extraordinaires dans cette organisation».
Il a ensuite démissionné de son poste d'organisateur après les élections de 2005.
Menaces de mort de Milioto?
Interrogé à savoir si Nick Milioto fréquentait la mairie d'arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles du temps où Martin Dumont y était chef de cabinet pour le maire Cosmo Maciocia, le témoin a répondu par l'affirmative, relatant cette visite de juillet 2007, gravée au fer rouge dans sa mémoire.
«Faudrait pas que tu te retrouves dans mes fondations de trottoir», lui aurait dit l'entrepreneur pour Mivela Construction.
Plus tôt, un contrat comportant des «incongruités» avait attiré l'attention de Dumont, qui s'étonnait de la grande différence de coûts avec un autre projet similaire.
Martin Dumont s'est donc adressé à l'ingénieur de la Ville Laurent Gravel pour comprendre cet écart, évalué à 100 000 $. «Je te reviens là-dessus», lui aurait dit M. Gravel.
C'est plutôt Milioto, baptisé «Monsieur Trottoir», qui s'est présenté pour lui servir ce qui avait toutes les apparences d'un avertissement. Après l'avoir entendu, le chef de cabinet et ancien organisateur pour Union Montréal s'est levé, a ouvert la porte et, toujours en silence, a refusé de serrer la main de son visiteur. «J'ai compris ce qui venait de se passer», a-t-il dit à la commission, la gorge nouée par l'émotion.
«C'est la première fois que j'en faisais part et, en toute honnêteté, s'il n'y avait pas eu de commission d'enquête, je n'aurais jamais parlé de cet événement», a complété Martin Dumont, au terme d'une brève pause après ses déclarations.
Remué, l'homme n'a pas tardé à remettre sa démission après ces événements, en octobre.
Dans les témoignages précédents offerts à la commission Charbonneau, Nick Milioto a été identifié comme étant l'intermédiaire entre les entrepreneurs en construction et le clan mafieux des Rizzuto.
Aux toilettes avec Milioto
Quelques années plus tôt, lors d'une activité au buffet Antique qui s'est tenue le 17 novembre 2004, Nick Milioto a invité Martin Dumont à l'accompagner aux toilettes.
«Tu vas venir pisser avec moi», lui aurait-il dit demandé cordialement. Milioto le saisit alors par le bras, l'entraîne aux toilettes, lui demande de se placer devant un urinoir pour finalement lui remettre une enveloppe contenant 10 000$, selon les dires du donneur.
Martin Dumont s'est alors emparé de l'enveloppe, est sorti de la salle de bain et est allé la remettre à Bernard Trépanier, responsable du financement présent à cet événement, en lui disant: «Ça, c'est ce que M. Milioto veut te donner. Je n'ai pas à faire ce genre de transaction ici.»
Dans la soirée, deux autres personnes ont demandé à M. Dumont pour aller aux toilettes. «Je leur ai dit qu'ils pouvaient y aller avec M. Trépanier», a indiqué le témoin, précisant qu'il s'agissait d'entrepreneurs en construction dont il ne se rappelait pas les noms.
Devant la Commission, M. Dumont s'est dit «surpris» de cette façon de faire, puisqu'il «ne pensait pas que ça faisait partie de [ses] fonctions». «Une chose est sûre, je me suis tenu loin des toilettes après.»
L'événement a été si rentable que Bernard Trépanier, à la fin de la soirée, avait bien de la peine à fermer son veston tellement il y avait rangé des enveloppes d'argent. Cette histoire rappelle celle du coffre-fort trop plein dans le bureau de Trépanier, racontée la veille devant la commission.
50 000$ au restaurant d'Accurso
Deux jours après l'activité au buffet Antique, alors que Martin Dumont est au volant de sa voiture, Bernard Trépanier, visiblement enrhumé, lui téléphone pour lui demander de l'aide.
«Martin, il faut que tu me rendes service, il faut que tu ailles chercher 50 000 documents à Laval», lui dit-il. M. Dumont ne comprend pas. Bernard Trépanier lui explique donc qu'il doit aller chercher 50 000$ au restaurant Onyx. Une fois arrivé, il doit y rencontrer le propriétaire: Tony Accurso.
Alors qu'il s'est mis en route à contrecœur, le directeur du financement l'appelle à nouveau. «C'est beau, c'est fait, je suis allé, finalement», lui dit Trépanier.
Questionné à savoir s'il n'avait pas été intrigué par ce rendez-vous, Martin Dumont s'est défendu en disant que pour lui, «à l'époque, Tony Accurso était un restaurateur»
Une machine pour compter l'argent
En 2005, Bernard Trépanier a demandé à une employée, embauchée comme réceptionniste pour la permanence, de l'aider à compter l'argent accumulé dans son bureau. Évaluation du magot: 850 000 $.
«Mme Pion», non contente de son sort, s'en est plaint auprès de Martin Dumont. Ce dernier a donc décidé d'en parler à Trépanier, lui indiquant que plusieurs employés se sont plaints de devoir compter les dollars engrangés à la permanence. «Je lui ai suggéré de s'acheter une machine à compter», ce qu'il a fait.
Par la suite, «une à deux fois par semaine», Dumont a indiqué avoir entendu «le bruit distinctif» de la machine à compter l'argent en marche dans le bureau du directeur du financement.
Rencontres derrière les portes closes avec Trépanier
Le témoin Dumont a relaté que bon nombre de représentants de firmes de génie-conseil et d'entrepreneurs se relayaient au bureau de Bernard Trépanier.
Le point commun de ces rencontres? Toujours brèves, «15 minutes en moyenne», elles se tiennent derrière des portes fermées, et des stores abaissés.
Au nombre des visiteurs, selon le souvenir de Martin Dumont, on comptait notamment Lino Zambito, de la firme Infrabec, et Paolo Catania, pour Construction F. Catania.
Ces personnes participaient également aux activités de financement organisées par Union Montréal.
Questionné longuement sur ce qu'il connaissait du contenu des discussions entre Trépanier et ses visiteurs, le témoin a dit l'ignorer. «Je n'ai jamais su le motif pour ce genre de rencontre à la permanence», a-t-il déclaré.
D'ailleurs, il a tenu à préciser à Me Gallant qu'il n'était pas «l'homme de confiance» de Bernard Trépanier. «Je veux juste être bien clair», a-t-il ajouté, sans appel.
Ses dépenses remboursées en liquide
Entre janvier 2004 et janvier 2006, Martin Dumont a toujours été payé par chèque.
Au lendemain des élections municipales de 2005, l'organisateur se fait remettre 1000$ en argent, au lieu d'un chèque, pour rembourser des dépenses de téléphone cellulaire - qui s'élèvent pourtant entre 3000 et 4000$. L'homme s'est dit fâché de cette façon de procéder.
Martin Dumont se souvient également d'une pratique similaire lors du référendum de 2004 sur les défusions à Montréal. Environ 20 téléphonistes avaient été embauchés par Union Montréal pour faire du pointage pour le camp du non. Ils ont reçu leur paye en argent comptant, recevant leur salaire dans des enveloppes dont certaines étaient plus épaisses que d'autres.