DRUMMONDVILLE - La première ministre Pauline Marois déplore l'absence de regrets chez les libéraux, qui refusent de s'excuser pour avoir tardé à lancer les travaux de la commission Charbonneau.
«C'est très dommage qu'ils ne s'excusent pas parce que ce sont les Québécois qui ont payé pour le fait qu'ils n'ont pas pris les décisions au moment où c'était opportun, s'est-elle insurgée, jeudi, en marge du caucus pré-sessionnel du Parti québécois à Drummondville. Ils auraient pu prendre la décision de créer une commission, de mandater un commissaire il y a trois ans déjà, ils ne l'ont pas fait, ils sont responsables en partie de ce qui se passe.»
Plus tôt jeudi, plusieurs ministres péquistes ont tiré à boulets rouges sur les libéraux, à l'entrée du caucus, alors que le sort des maires de Laval et Montréal était sur toutes les lèvres. Leur entêtement à ne pas déclencher une commission d'enquête aura coûté «des centaines de millions de dollars» aux contribuables, a déploré le ministre responsable de la métropole, Jean-François Lisée. Son confrère responsable des Institutions démocratiques, Bernard Drainville, avait exigé sans détour un mea culpa public du PLQ.
«Je regarde les journaux ce matin, c'est quand même incroyable ! Au Québec actuellement, tout le monde parle de corruption sauf les libéraux. Je ne sais pas si vous avez remarqué ça. Il serait temps que les libéraux nous disent pourquoi ils ont attendu deux ans avant de la créer la commission d'enquête. Qu'est-ce qu'ils attendent pour s'excuser auprès des militants libéraux et les citoyens du Québec ?»
«On se demande sur quelle planète ils vivent les libéraux. Ils ont beaucoup contribué au climat pourri qui règne présentement au Québec, ils n'ont rien fait pour le nettoyer. Il serait temps qu'ils s'excusent auprès des Québécois pour avoir tant tardé», a renchéri Bernard Drainville, accusant les libéraux d'être responsables de la crise actuelle.
Refus de s'excuser
Le député libéral Marc Carrière, porte-parole en matière d'Affaires municipales, a décliné l'invitation du ministre Drainville. «C'est facile pour le PQ de chialer aujourd'hui, mais on a tout mis en place. Il n'est pas question de nous excuser, on regarde les résultats que ça donne aujourd'hui et je pense que le ménage est en train de se faire, c'est sous les lois qu'on a faites, sous les conditions qu'on a mis de l'avant, comme l'UPAC, qui fait en sorte que ça donne les résultats», a-t-il déclaré, jeudi, à Québec.
Drainville furax
M. Drainville est sorti de ses gonds lorsqu'il a été informé de la position libérale. «Ils ne s'excuseront pas d'avoir retardé la création de la commission d'enquête pendant deux ans ? De nous avoir fait perdre des millions ? Ils ne s'excuseront pas d'avoir laissé des bandits continuer à faire leur sale travail aux dépens des contribuables ?» a-t-il dit.
«Je peux vous dire une affaire : s'ils ne s'excusent pas aujourd'hui, nous on va continuer à demander qu'ils s'excusent demain, après-demain, jusqu'à temps qu'ils le fassent parce qu'ils devraient être gênés puis ils devraient avoir honte les libéraux, de nous avoir mis dans le pétrin comme ils l'ont fait. Ils n'ont pas fini d'en entendre parler !»
Lisée suggère une enquête interne
Une «très grande introspection» s'impose au PLQ, avait ajouté plus tôt le ministre responsable de la métropole Jean-François Lisée, afin de «reconstruire la crédibilité de ce grand parti». Les libéraux, à son avis, devraient admettre qu'ils «n'ont pas été à la hauteur de la situation» et déclencher une enquête interne «pour savoir s'il y a eu des complicités».
«Depuis 2003, le bon temps roulait, comme disent les Louisianais, pour la corruption», a dit M. Lisée, évoquant le témoignage de l'entrepreneur Lino Zambito à la commission. Il se désole de constater que les libéraux, qui ont été «fiduciaires du bien commun» pendant neuf ans, ne ressentent «aucune honte, ne se posent pas de questions [et] ne prennent pas leurs responsabilités».
Incurie des libéraux
«C'est une crise qui s'explique par un délai incroyable à cause du gouvernement libéral. On a réclamé cette commission-là pendant deux ans et demi. On est face à ces révélations-là. Ce qui est dommage, c'est que l'incurie des libéraux a fait en sorte que tout le Québec, par rapport à la corruption et la collusion, est dans une situation de crise», a laissé tomber le ministre des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, accusant à son tour les libéraux d'avoir laissé la situation s'envenimer.