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Aveux, regrets et questions pénibles pour Surprenant

Dernière mise à jour: 25-10-2012 | 15h55

MONTRÉAL - L'ancien ingénieur Gilles Surprenant n'a pas été épargné par les avocats d'Union Montréal et de la Ville de Montréal, jeudi, lors de son contre-interrogatoire devant la commission Charbonneau.

Contre-interrogé par l'avocat d'Union Montréal, le parti du maire Gérald Tremblay, Gilles Surprenant a notamment dû s'expliquer sur la vente de sa maison à sa fille il y a un mois.

Me Michel Dorval lui a demandé s'il n'avait pas tenté de se soustraire à ses débiteurs en lui vendant sa demeure, d'une valeur de 350 000 $ selon les chiffres rapportés, pour la somme de 1 $.

«Je n'ai pas vu ça comme ça», a rétorqué Surprenant, qui indique plutôt qu'il s'agissait d'un héritage.

Quelques instants auparavant, Me Dorval avait tenté de voir à quel point Gilles Surprenant était «repentant» d'avoir touché des pots-de-vin pour gonfler le prix estimé des travaux publics à la Ville de Montréal.

«Je regrette amèrement ce qui s'est passé [...] Je n'aurais jamais dû accepter ces montants-là», a alors assuré l'ingénieur à la retraite, en ajoutant que ses 10 dernières années à la Ville avaient été catastrophiques et qu'il ne se pardonnerait jamais ses gestes.

«Il y avait un système établi, j'étais pris là-dedans... J'avoue que j'ai été corrompu par diverses méthodes, incluant l'intimidation», s'est justifié le témoin.

À sa «connaissance», Gilles Surprenant dit n'avoir fraudé personne au cours des six derniers mois. Quant à une éventuelle violation des règles de sa profession d'ingénieur, il a admis ne pas connaître «le code d'éthique par cœur».

Quand est venu son tour de contre-interroger le témoin, Me Martin St-Jean, représentant de la Ville de Montréal, a souhaité revenir sur les menaces de l'entrepreneur Frank Catania, rapportées la semaine dernière devant la commission.

À l'occasion d'une première rencontre avec Catania, ce dernier aurait dit à Gilles Surprenant que «les gens qui nous empêchent de manger, on les tasse», a raconté le témoin, jeudi dernier.

Le lundi suivant, l'ex-ingénieur avait cependant modifié quelque peu sa version, indiquant que l'entrepreneur Catania lui aurait plutôt dit que «les gens qui nous empêchent de manger, on les élimine».

Me St-Jean a demandé ce qu’il s’était passé entre jeudi et lundi pour que la version change. Gilles Surprenant a indiqué qu'au départ, il avait peur et qu'il a «craint pour [sa] sécurité», même s'il réitère qu'il ignorait, à l'époque, les liens de Catania avec la mafia.

Ce lundi, il a dit avoir abordé sa présence à la commission avec une attitude transparente. «J'ai toujours des craintes, mais je suis ici pour dire la vérité.»

Cette affirmation n'a visiblement pas convaincu l'avocat de la Ville, qui a poursuivi un contre-interrogatoire énergique, voire dur.

Après s'être assuré que Surprenant n'avait pas de problèmes d'argent à l'époque où le trucage a commencé, Me St-Jean a fait l'hypothèse que «c'est par pure cupidité qu'[il prenait] cet argent-là, sur le dos des contribuables».

La juge France Charbonneau est intervenue une première fois en demandant à l'avocat de «rester poli». Elle est revenue à la charge quelques minutes plus tard en suspendant les travaux. Elle a exigé que Me St-Jean se concentre sur les questions qui touchent l'administration municipale.

«On n'est pas en train de faire le procès du témoin. Monsieur [Surprenant] a admis tous ses crimes», a rappelé la juge.

En début d'après-midi, à la reprise de son contre-interrogatoire, Me Martin St-Jean s'est intéressé aux voyages dans le sud que Gilles Surprenant a admis avoir fait.

«Aux alentours de 97-98», l'ancien ingénieur s'est rendu en République dominicaine avec son collègue Luc Leclerc, l'entrepreneur Tony Conte (Conex) et le chef de la mafia montréalaise, Vito Rizzuto.

Gilles Surprenant a dit ne «pas vraiment» s'être demandé si la présence du parrain Rizzuto remettait son intégrité en question. Ce compagnon de voyage inhabituel n'a pas allumé des lumières chez lui à l'effet que la mafia était impliquée dans le monde des entrepreneurs qu'il fréquentait. Pour lui, Rizzuto était simplement «l'associé de Tony Conte».

Malgré tout, Surprenant admet qu'il a préféré garder le secret sur ses nouvelles fréquentations, notamment à ses supérieurs. «On ne contait pas ça à tous les coins de rue», a-t-il reconnu.

Interrogé à savoir s'il avait immortalisé le temps passé avec le parrain Rizzuto, Gilles Surprenant a répondu par une question. «Pensez-vous vraiment que j'aurais affiché des photos avec M. Rizzuto sur mon bureau [au travail]?»

Retour sur les faux extras

En début d'avant-midi, l'interrogatoire de l'ancien ingénieur s'était terminé devant la commission Charbonneau en abordant à nouveau la question des contingences, qui servent à payer les dépenses imprévues dans les travaux publics.

Mercredi, Gilles Surprenant avait indiqué que la portion de 10 % du budget allouée aux «extras» était systématiquement dépensée dans les dernières années.

«Dans les années 90, selon ce que je me souviens, il restait de l'argent dans l'enveloppe de contingences. En 2000-2010, étant donné qu'il y avait moins de surveillants, c'était connu que toutes les contingences étaient utilisées», a expliqué l'ingénieur retraité de la Ville de Montréal.

Questionné à savoir pourquoi le vérificateur général de la Ville n'a pas été alerté de cette situation, Surprenant a répondu que «ce n'était pas dans [son] intérêt».

Après avoir fait la somme des pots-de-vin rapportés par le témoin Surprenant, la commission en est arrivée à un chiffre de 736 000 $. La semaine dernière, l'ancien ingénieur avait pourtant évalué ce montant à 600 000 $.

La commission a donc demandé à Gilles Surprenant s'il n'avait pas fait une «évaluation conservatrice». Qui plus est, «ça n'inclut pas les billets de hockey, ça n'inclut pas les voyages, ça n'inclut pas les bouteilles de vin et les repas», lui a fait remarquer la juge France Charbonneau.

«Je n'ai jamais tenu de comptabilité là-dessus. Le montant de 600 000 $ m'apparaissait représentatif, je ne pouvais pas me souvenir de tout», s’est justifié le principal intéressé.

Ce dernier a aussi admis qu'il avait reçu son premier pot-de-vin en 1988, et non en 1990, comme il l'avait dit dans le passé.



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