MONTRÉAL - Les actionnaires d'Astral paient le prix fort du blocage de la transaction avec Bell. Environ 400 millions $ de sa valeur viennent de fondre avec son action et le gouvernement fédéral refuse de casser la décision du CRTC.
À Ottawa, le gouvernement Harper a fait savoir que le CRTC est une agence indépendante et qu'il n'a pas la juridiction pour renverser son rejet de la transaction.
À Toronto, le titre d'Astral a reculé de 15,7 % à 39,60 $ en Bourse avant l'heure du midi, vendredi. Il se transige pour à peine plus que sa valeur avant l'arrivée de Bell à titre d'acheteur.
La capitalisation boursière se limite maintenant à 2,1 milliards $, un recul de 400 millions $. En mars dernier, le titre d'Astral Media s'était envolé à la Bourse de Toronto, terminant la séance en hausse de 33,93 % ou 12,30 $ à 48,55 $. Depuis, il avait évolué entre 47 $ et 49 $.
La nervosité des investisseurs s'est toutefois fait sentir dès jeudi. Près de 3,3 millions d'actions ont été échangées, alors que le volume moyen de transactions est de 377 000 actions.
L'action de Bell est plus stable, vendredi, en perdant seulement 1,7 % à 42,87 $. Cependant, son offre d'achat prévoit qu'un refus de la transaction par le CRTC la forcera à verser 150 millions $ de frais de résiliation à Astral.
Les principaux concurrents québécois de Bell font quelques gains. Le câblodistributeur Cogeco limite sa hausse à 0,4 % à 33,25 $, tandis que Québecor avance de 1,1 % à 4,88 $.
Changement de ton
Le CRTC vient de redistribuer les cartes en mettant un frein à l'intégration verticale, a indiqué Carmi Levy, analyste indépendant en télécoms.
«L'ère des mégatransactions est terminée, a-t-il avancé. Vous ne verrez pas une autre de transaction de 3,4 milliards $ qui apparaît au radar du CRTC. Les acheteurs potentiels découperont la grande tarte en petites pointes. Qui dit que vous ne pouvez pas prendre une salle de nouvelles en radio et l'intégrer à vos autres propriétés ? Ça complémenterait bien les médias de Rogers, par exemple.»
«Il est très difficile d'imaginer une autre compagnie acheter Astral au complet, a indiqué pour sa part Maher Yaghi, analyste financier pour Valeurs mobilières Desjardins. Toutes les autres auront le même problème [de concurrence] que Bell.»
Rien n'empêcherait cependant un acheteur de type « financier » de faire main basse sur Astral, selon M. Yaghi. «Un fonds privé d'investissement pourrait garder Astral opérationnelle comme elle l'est présentement», a-t-il dit.
Aucune surprise à Ottawa
Il ne fallait pas s'attendre à ce que le gouvernement Harper renverse la décision sur Bell-Astral, a poursuivi Carmi Levy. «Ils font la sourde oreille, a-t-il dit. Le cabinet Harper veut que le marché trouve ses propres solutions.»
De plus, Ottawa a déjà signalé qu'il n'était pas contre l'idée de stimuler la concurrence en télécoms avec la propriété étrangère.
«La décision préserve la diversité pendant plus longtemps, a souligné M. Levy. C'est un incitatif à l'investissement de ne pas avoir à faire concurrence à un géant d'une taille sans précédent.»
La seule chose que Carmi Levy déplore est la disparition du bloc de 241 millions $ en avantages tangibles, que Bell aurait versé afin d'investir dans le contenu canadien.