MONTRÉAL - Le président du comité exécutif de Montréal, Michael Applebaum, s'est dit «dégoûté» par les agissements de l'ancien ingénieur de la Ville Gilles Surprenant, qui a avoué, jeudi, devant la commission Charbonneau, avoir empoché pour environ 600 000$ de pots-de-vin de la part d'entrepreneurs.
«Ce monsieur a volé l'argent des contribuables et de la Ville de Montréal, a affirmé M. Applebaum, vendredi, lors d'un point de presse à l'hôtel de ville de Montréal. [...] Je suis vraiment dégoûté par ce que j'ai vu à la commission. Un employé de la Ville a collaboré avec des bandits. C'est complètement inacceptable.»
Il a du même coup mandaté le service de contentieux de la Ville de faire la lumière sur les allégations de M. Surprenant.
La Ville tentera vraisemblablement de récupérer les sommes d'argent qui lui sont dues. «On va faire tout ce qu'on peut pour régler ce dossier», a-t-il assuré.
Il a également défendu les mesures anticollusion déployées par l'administration Tremblay, assurant qu'elle a mis en place les mesures nécessaires pour endiguer la corruption. «On a 29 000 employés à la Ville. Il peut y avoir des corrompus et des voleurs», a-t-il affirmé.
Rappel des faits
Gilles Surprenant, qui s'était lui-même affublé du sobriquet «Monsieur TPS», a admis jeudi avoir profité de redevances de la part
d'entrepreneurs, corroborant ainsi certains des propos tenus par l'ancien dirigeant d'Infrabec, Lino Zambito, lors de son témoignage.
Selon ses propres chiffres, il a récolté sur une période de 10 ans un montant approximatif de 600 000 $. De cette somme, 122 800 $ ont été remis aux enquêteurs, de sa propre initiative, en août dernier.
M. Surprenant a travaillé durant une trentaine d'années comme ingénieur pour la Ville de Montréal avant de prendre sa retraite, en 2009.
L'opposition réclame la démission du maire
De son côté, la chef de l'opposition Louise Harel s'est montrée peu impressionnée par les déclarations de M. Applebaum et a déploré le mutisme du maire de Montréal.
«C'est bien le moins qu'il puisse faire que le contentieux puisse, au civil, poursuivre le fraudeur pour se faire rembourser l'argent, a-t-elle dit. C'est le minimum, mais on attend plus. [...] Moi, j'attends du maire Tremblay qu'il démissionne. Ça faisait partie de sa job d'être responsable [...] et je ne comprends pas qu'il ne soit pas auprès de vous pour dire la honte qu'il a.»
Selon Mme Harel, l'inaction de Gérald Tremblay relève d'un aveuglement volontaire. «Le maire Tremblay, délibérément et volontairement, n'a pas voulu enquêter sur ce qui apparaissait au fur et à mesure que des informations nous parvenaient, comme étant un système organisé au sein de l'administration», a-t-elle dit.
Le son de cloche est similaire du côté de Projet Montréal, alors que le conseiller municipal Alex Norris estime que «le maire Tremblay n'a plus aucune crédibilité pour jouer son rôle de premier magistrat de la Ville de Montréal. Depuis longtemps, plutôt que d'aller au fond des choses, il a préféré tirer sur le messager».
M. Norris s'est lui aussi montré sceptique face aux propos de M. Applebaum. «Venir aujourd'hui, comme M. Applebaum le fait, nous dire qu'il a pris ses responsabilités, ce n'est pas crédible. Cette équipe est là depuis 2001!»
«On espère qu'on va continuer à apprendre des choses sur le système qui s'est érigé à l'Hôtel de Ville», a-t-il ajouté.