La crise du bœuf contaminé soulève de sérieuses questions sur la sécurité des aliments au pays. Même si près de 40 employés de l'Agence canadienne des aliments surveillaient à temps plein l'abattoir de XL Foods en Alberta et on a vu le résultat.
Dans les abattoirs du Québec, les nouvelles ne sont pas rassurantes non plus, selon ce qu'a constaté l'équipe de l'émission J.E.
Comme au fédéral, le Québec a son propre système d'inspection des viandes pour la production destinée uniquement au marché provincial. Il y a 26 abattoirs inspectés.
«On a déjà été un abattoir B au début, puis ça fait une vingtaine d'années qu'on est sous inspection», souligne Mario Côté, dirigeant de l'abattoir Alphonse Côté.
C'est qu'il existe aussi une soixantaine d'abattoirs de proximité ou, comme on dit dans le milieu, des abattoirs de catégorie B. Ils n'ont pas besoin de la surveillance des fonctionnaires pour abattre.
Cette exception les oblige d'ailleurs à vendre leur viande sur place à des particuliers.
«Il y en a qui profitent du système parce qu'ils ne sont pas surveillés. Ils ne sont pas surveillés. Mais nous autres, on est surveillés. On est surveillés pour ce que les autres ne font pas.»
Harcèlement et intimidation au MAPAQ
Plusieurs propriétaires d'abattoirs provinciaux rencontrés dans le cadre du reportage de J.E. se disent victimes de harcèlement et même d'intimidation de la part des fonctionnaires du MAPAQ.
C'est le cas de l'Abattoir de Manseau, qui conteste les décisions des fonctionnaires.
«Je m'excuse, là, mais le MAPAQ, en voulant pas que ça passe par un abattoir, comme nous ici, inspecté, bien, tous ces animaux-là s'en vont dans les B», critique Sylvie Gobeil, de l'Abattoir de Manseau.
La présence d'inspecteurs et de vétérinaires dans les abattoirs provinciaux est chose rassurante pour les consommateurs.
Or, il est plus inquiétant d'apprendre que les fonctionnaires visitent les abattoirs de proximité environ une fois par mois, selon le volume.
«Dans les B, il y en a beaucoup de gens qui ne sont pas très frileux avec la santé publique, qui tuent l'animal, il n'est pas inspecté. Ça se ramasse dans les boîtes, c'est vendu au public. Ah! Ça peut aller dans des grossistes, dans les centres d'alimentation. Je te dirais même que ça peut même aller dans les hôpitaux», s'inquiète Mme Gobeil.
Les exploitants et leur conscience sociale
Le MAPAQ balaie du revers de la main les prétentions des abattoirs provinciaux.
«Il ne faut pas penser que tous les exploitants veulent juste faire de l'argent. Ils ont une certaine conscience sociale. Ils veulent que la viande qu'ils vendent n'aille rendre personne malade.
S'ils rendent quelqu'un malade, leur commerce va en souffrir», réplique Claude Rivard, Directeur de l'inspection des viandes au MAPAQ.
Québec assure également que les commerces vendent uniquement de la viande inspectée dont on connaît la provenance.
«Si on en trouve, malheureusement, qui proviendrait d'un abattoir transitoire ou de proximité, automatiquement, il y a une démarche... C'est saisi», assure M. Rivard.
L'an dernier, le MAPAQ a condamné seulement deux abattoirs de proximité pour leurs pratiques illégales.
Un de ces deux abattoirs avait déjà été condamné auparavant pour avoir vendu de la viande en gros.