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Commission Charbonneau

La Ville soulève des doutes

Agence QMI 
Jean-Louis Fortin
17/10/2012 11h16 - Mise à jour 17/10/2012 14h20
 
 
Commission Charbonneau - La Ville soulève des doutes
Lino Zambito  
Photo Agence QMI / Archives

MONTRÉAL - Lino Zambito était de retour devant la commission Charbonneau mercredi matin, alors que l'avocat de la Ville de Montréal poursuivait son contre-interrogatoire.

L'objectif de Me Martin St-Jean se résumait à dépeindre l'ex-dirigeant d'Infrabec comme «l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours». Il cherchait ainsi à démontrer que le témoin s'appuie sur des ouï-dire vagues et des «paroles rapportées».

Questionné sur les allégations de pots-de-vin remis au directeur général de la Ville de Montréal, Robert Abdallah, Zambito s'en est tenu à sa version initiale. Il a été forcé d'admettre qu'il n'avait jamais été directement témoin de remises d'argent à M. Abdallah, s'exprimant néanmoins avec clarté et précision.

Ces stratagèmes lui étaient plutôt expliqués par des firmes de génie qui servaient d'intermédiaires et avaient obtenu sa collaboration.

Dans la même veine, mardi, il avait expliqué avoir remis 3 % du montant de ses contrats à un intermédiaire, Nicola Milioto, mais qu'il n'avait jamais vu de ses yeux l'argent aboutir dans la caisse électorale du parti de Gérald Tremblay, où cette somme était semble-t-il destinée.

Contorsions statistiques et hésitations

Le témoin a cependant démontré moins d'aisance lorsqu'interrogé sur ses relations avec les ingénieurs de la Ville de Montréal, Luc Leclerc et Gilles Surprenant. Devant le barrage de questions de l'avocat, Zambito n'a pas été en mesure de préciser le montant des pots-de-vin versés au parti Union Montréal et à M. Surprenant.

L'ingénieur Luc Leclerc aurait touché des ristournes de 25 % sur de «faux extra» réclamés par Infrabec, 200 000 $ au total, a maintenu Zambito. «Comment vous arrivez à 200 000 $ versés à Luc Leclerc en pot-de-vin?» a demandé Me St-Jean. «C'est, de mémoire, un montant approximatif», a rétorqué le témoin.

À plusieurs reprises, l'avocat de la Ville a tenté de mettre en exergue certaines contorsions statistiques dans le témoignage de Zambito. Il a notamment demandé comment il arrivait à évaluer les sommes d'argent remises à Leclerc et non celles remises à Union Montréal et à M. Surprenant.

«Je ne gardais pas de comptabilité précise. Je gardais en tête les montants que je donnais à M. Surprenant et à M. Leclerc. Si vous me donnez les contrats que j'ai organisés à partir de 2005 jusqu'à 2009, je vais vous donner les chiffres», a lancé Zambito, poussé dans ses derniers retranchements.

Des questions sur la dalle de béton

Une certaine impatience était palpable de part et d'autre dans la dernière partie du contre-interrogatoire de Me St-Jean, qui s'est étiré bien au-delà du délai estimé.

D'abord plutôt techniques, des questions sur la fameuse dalle de béton du boulevard Saint-Laurent ont finalement suscité l'intérêt de la juge Charbonneau, qui a demandé des éclaircissements à son tour au témoin Zambito.

Le dossier de la dalle de béton avait déjà fait surface durant les travaux de la commission, alors que l'ex-dirigeant d'Infrabec l'avait désigné comme exemple d'un stratagème de collusion. Lors de deux contrats de réfection du boulevard Saint-Laurent, en 2008, les fonctionnaires de la Ville de Montréal avaient «omis» d'indiquer, dans les documents de soumission, qu'une dalle de béton se trouvait sous la chaussée.

M. Surprenant n'aurait-il pas plutôt eu intérêt à en faire mention, dans les documents, pour augmenter la valeur du contrat en conséquence et s'en mettre plus dans les poches? a demandé le représentant de la Ville de Montréal. Et pourquoi Zambito n'a-t-il pas questionné Surprenant sur le véritable état de la situation? N'a-t-il pas été un peu «bonasse» au point de s'en faire «passer une petite vite»? a poursuivi l'avocat.

Zambito a rétorqué qu'il n'avait pas à se poser de questions sur les informations que M. TPS lui remettait. «M. Surprenant a été clair : "Tu soumissionnes avec ce que tu as comme documents". Moi, je tiens pour acquis que ce qu'on me donne, c'est la réalité. [...] Je n'ai pas à douter qu'il manque un élément», s'est-il contenté de conclure.

«Il faut commencer à un endroit»

En ce qui a trait aux stratagèmes de fausse facturation, impossible pour le témoin de fournir les documents susceptibles de corroborer ses allégations. Les factures auraient été saisies lors de la faillite d'Infrabec.

«Ce n'est pas évident pour moi. Je ne tente pas de vous coincer, j'essaie de comprendre», s'est exclamé Me St-Jean, devant les hésitations du témoin. «C'est simple de lancer aux quatre vents des noms. À un moment, il faut arriver à du concret», a-t-il ajouté quelques minutes plus tard.

Interpellée, la juge France Charbonneau a précisé que le témoignage de Zambito pouvait égratigner certaines réputations, «mais il faut commencer à un endroit, et la preuve va s'enchevêtrer au fur et à mesure», a-t-elle fait valoir.

Pas de contact avec le PQ pour obtenir des contrats

Mardi après-midi, Me Estelle Tremblay, qui représente le Parti québécois, a procédé à son tour à un contre-interrogatoire méticuleux, au cours duquel elle a tenté de faire dire au témoin qu'il n'y avait pas de lien entre le don de 600 $ qu'il avait fait au PQ et les contrats obtenus au ministère des Transports du Québec (MTQ) alors que ce parti était au pouvoir.

«De mémoire», Zambito a ajouté qu'il n'avait jamais remis d'argent comptant non comptabilisé par le Directeur général des élections à un représentant du PQ.

Juste avant, il avait déclaré ne pas avoir profité d'informations privilégiées ni avoir recouru à de faux extras ou à de la fausse facturation pendant le règne péquiste qui s'est étalé entre janvier 1998 et avril 2003, «dans les contrats de libre compétition» octroyés par le MTQ. «Mais en effet, il y a eu des contrats truqués dans cette période-là», a toutefois précisé l'ancien dirigeant d'Infrabec.

Il a également été possible d'apprendre qu'entre 1998 et 2003, les contrats truqués permettaient à l'entrepreneur de dégager une marge de profit «de 15 % en moyenne», comparativement à «entre 6 et 8 %» lorsqu'ils n'étaient pas truqués.

Le PLQ renonce au contre-interrogatoire

L'avocat du Parti libéral devait être le prochain à contre-interroger le témoin, mais contre toute attente, il y a renoncé en fin d'après-midi mercredi puisque, a-t-ilexpliqué, ses questions portaient sur la section non publique du témoignage de Zambito qui a été frappée d'un interdit de publication.

Jeudi, une demande d'ouvrir tout le contenu du témoignage de Lino Zambito frappé d'une ordonnance de non-publication sera débattue en début de journée. Un ingénieur dont l'identité n'a pas été précisée devrait ensuite se présenter à la barre.




 
 


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