KINSHASA, RDC - Après avoir refusé de rencontrer le président contesté de la République démocratique du Congo (RDC) Joseph Kabila, Pauline Marois a accepté l'invitation de son premier ministre et lui a offert le soutien du DGE du Québec.
La première ministre du Québec, qui voulait envoyer un signal clair en refusant de s'entretenir en privé avec le président de la RDC - dont la réélection entachée d'irrégularités a provoqué des violences, et dans un État où les violations des droits de la personne sont légion - a cru bon de livrer son message en personne à un représentant officiel du pays hôte du Sommet de la Francophonie.
Le premier ministre Augustin Matata Ponyo, issu du parti présidentiel et ancien ministre des Finances, a été nommé en avril dernier. Mais il n'est pas un ténor du parti. «On ne lui connaît aucune appartenance clanique», peut-on lire dans un portrait réalisé par le mensuel «Notre Afrik». «Nous avons cru que c'était justifié de le rencontrer», a déclaré Mme Marois à l'issue de cette rencontre, dimanche matin. Plusieurs personnes lui avaient d'ailleurs recommandé cet entretien à son arrivée en Afrique.
«Dans mes rencontres avec les ONG lors de ma première journée (et) avec Kim Nguyen (le cinéaste du film "Rebelle" sur les enfants-soldats qui est dans la course pour l'Oscar du meilleur film étranger), on nous a dit que ça serait intéressant de rencontrer le premier ministre parce qu'il a mis de l'avant des changements qui améliorent quand même la situation d'un certain nombre de Congolais », a précisé la première ministre, qui était accompagnée du ministre des Relations internationales Jean-François Lisée.
«Dans les conversations que j'ai eues, je peux vous dire que j'ai abordé directement la question de la démocratie et du fait que, évidemment, nous souhaitions qu'il y ait des avancées et des progrès de ce côté, et que nous offrions même la contribution du Québec.»
Le Directeur général des élections (DGE), qui a déjà été engagé dans le processus électoral en RDC en 2006, et qui avait dépêché des observateurs en 2011, offrira à nouveau ses services.
«J'ai offert que le Québec puisse être encore davantage présent, les accompagne et donc, il me semble que de dire directement le message, c'est assez significatif», a plaidé Mme Marois. Le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a également rencontré M. Matata Ponyo pour les mêmes motifs.
Pauline Marois aura eu l'occasion, pendant le Sommet de la Francophonie qui s'est conclu dimanche, de s'entretenir avec de nombreux chefs d'État. Outre ses échanges avec le président de la France, François Hollande qu'elle reverra de façon plus officielle à l'Élysée dimanche, elle a notamment rencontré les chefs de gouvernement d'Haïti, de la Tunisie et du Sénégal.
Conseil de sécurité de l'ONU
Par ailleurs, le Québec n'a pas voulu s'interposer et se mettre sur la route du Canada qui s'oppose à un siège permanent de l'Afrique au Conseil de sécurité de l'ONU. «Sur cette question, honnêtement, nous n'en avons pas débattu et nous n'avons donc pas pris position. Nous avons laissé le Canada intervenir», a exprimé Mme Marois.
Dans la Déclaration finale de Kinshasa, les pays de la Francophonie se sont entendus pour prôner une réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies qui permettrait «une représentation permanente et équitable» de l'Afrique dans les organes de décision sans toutefois réclamer directement un siège permanent.
«Nous étions intéressés de voir comment la discussion allait se faire, mais finalement, les pays africains ont accepté une formulation qui était plus large pour éviter un "clash" avec le Canada donc nous n'avons pas voulu aller plus loin que ce que nos collègues africains désiraient faire eux-mêmes», a précisé M. Lisée.