Elle risque d'avoir l'effet d'une bombe pour le PLQ, qui a été au pouvoir à partir de 2003 jusqu'à sa défaite électorale du 4 septembre dernier. C'est aussi la première fois que des propos tenus devant la commission Charbonneau touchent directement le parti.
Zambito a raconté que plusieurs événements de financement, regroupant entre 20 et 50 personnes, étaient organisés par des firmes de génie-conseil. Pour vendre les billets, ces entreprises se tournaient vers les entrepreneurs en construction, qui achetaient à fort prix (1000, 2000 ou même 5000 $) leur place.
Contraire à la loi
L'ancien patron de la firme Construction Infrabec a lui-même organisé une telle soirée, le 31 janvier 2008. Pour son événement qui se déroulait à Laval, il pouvait compter sur une invitée de marque en la vice-première ministre et ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau.
L'objectif: amasser au moins 100 000 $ pour la caisse électorale des libéraux, soit 5 000 $ par invité, ce soir-là. Or, à cette époque, la loi fixait à 3 000 $ la contribution maximale annuelle d'un individu à un parti politique.
Zambito a donc pris le téléphone pour faire la tournée des entrepreneurs et des firmes de génie.
«Je voulais que chaque bureau d'ingénieurs ou chaque entrepreneur réussisse à amener un élu d'une ville, pour vraiment rester dans le cadre du ministère des Affaires municipales», a-t-il expliqué.
«J'ai communiqué avec les gens, j'ai dit: "Écoutez, la façon qu'on fait, je te vends deux billets. La présence de chaque individu, je la mets à 5 000 $. N'oubliez pas qu'il y a la loi électorale, donc si vous venez deux individus, ça vous coûte 10 000 $, mais il ne faut pas me faire de chèque au-delà de 3 000 $. La loi est claire, c'est 3 000 $."»
Au total, 110 000 $ ont été versés au Parti libéral à l'issue de cette soirée. Or, les chiffres envoyés par le parti au Directeur général des élections du Québec (DGEQ) indiquent seulement 77 500 $ ont été amassés, et que la contribution était de 1 000 $ par personne.
Qui aurait trafiqué les chiffres? Zambito n'a pu le dire.
Prête-noms
Pour donner 10 000 $ au Parti libéral, il fallait recourir à des prête-noms, c'est-à-dire des gens qui signent un chèque, mais qui ne déboursent pas véritablement l'argent, selon Zambito.
«Quand mon 3 000 $ est atteint, c'est sûr que je dois demander à ma conjointe, je dois demander à mes parents, à mon entourage de faire des chèques», a-t-il expliqué.
Les prête-noms étaient parfois même des fournisseurs des entrepreneurs.
«Il y avait des sous-traitants avec qui j'ai fait affaire, qui étaient des amis, puis je leur ai dit: "Écoute, j'ai besoin de chèques, peux-tu, s'il vous plaît, me faire deux chèques de 3 000 $ et tu me factureras des travaux supplémentaires sur tel chantier et on va te payer"», a raconté Zambito.
Et les entrepreneurs pouvaient espérer un retour d'ascenseur en échange de leur contribution.
«Les partis [politiques] donnent des commandes aux bureaux d'ingénieurs, les bureaux d'ingénieurs se retournent vers les entrepreneurs, donc ils ont besoin de notre aide, en considération de paiement futur sur un chantier étant payé en extra, de quelque façon que ce soit», a expliqué Zambito.