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Commission Charbonneau

Deux proches du maire Tremblay éclaboussés

Agence QMI 
Jean-Louis Fortin
02/10/2012 11h17 - Mise à jour 02/10/2012 22h54
 
 
Commission Charbonneau - Deux proches du maire Tremblay éclaboussés
L'ancien entrepreneur en construction Lino Zambito. 
Photo archives / Agence QMI

MONTRÉAL - Frank Zampino et Robert Abdallah, deux des plus proches ex-collaborateurs du maire de Montréal, Gérald Tremblay, auraient participé à des stratagèmes de collusion dans l'octroi de contrats municipaux, a affirmé mardi Lino Zambito devant la commission Charbonneau.

Directeur général de la Ville de 2003 à 2006, Robert Abdallah aurait touché un important pot-de-vin pour favoriser une entreprise qui voulait être sous-traitante dans un gros contrat municipal, selon le témoin.


Ce stratagème de collusion aurait même coûté 500 000 $ à la Ville en extras, a-t-on entendu de la bouche de l'ex-entrepreneur en construction, qui dirigeait la firme Infrabec.

Zambito a expliqué qu'en 2005, alors que son entreprise avait présenté la plus basse soumission pour un contrat d'aqueduc d'une dizaine de millions de dollars, il a reçu un appel de Michel Lalonde, président du groupe Séguin, une firme d'ingénieurs embauchée par la Ville.

Il était convoqué à une rencontre à laquelle assistaient Michel Caron et Éric Caron, propriétaires de l'entreprise Groupe Tremca. On lui a alors imposé de faire appel à Tremca en tant que sous-traitant pour la fourniture de tuyaux en béton armé.

«J'ai appris que c'était une demande de Robert Abdallah, qui était organisé avec les gens de Tremca», a indiqué Zambito.

Faux extras

On lui aurait alors assuré que même si faire affaire avec Tremca lui coûtait plus cher (environ 300 000 $), il pourrait compenser en facturant à la Ville de faux extras.

« Lalonde a été très très clair avec moi. [...] Le montant de la différence, c'est le montant que Tremca doit remettre à M. Abdallah pour que le projet se fasse », a-t-il expliqué.

Infrabec a finalement accepté de faire affaire avec Tremca pour réaliser le contrat public.

Selon Zambito, ce n'est qu'une fois le bon de commande passé au groupe Tremca que le comité exécutif lui a octroyé le contrat. Il a aussi dit avoir facturé non pas 300 000 $, mais bien 500 000 $ en « faux extras » à la Ville de Montréal pour éponger les surplus de coûts.

Mardi, Robert Abdallah a nié toute l'histoire avec énergie.

«Je ne suis pas seulement furieux et indigné, je trouve ça épouvantable qu'on puisse ainsi salir ma réputation qui a toujours été impeccable», a-t-il dit au Journal de Montréal.
M. Abdallah a l'intention de faire des recherches «pour prouver que tout est faux». Il a également dit ne pas connaître Michel Lalonde, Éric Caron et Michel Caron.

Commande de Zampino

Toujours en 2005, dans le cadre de la construction d'un carrefour giratoire à l'angle des rues Notre-Dame et Sherbrooke, dans l'est de Montréal, Lino Zambito dit avoir reçu un appel de Frank Minicucci, un représentant de la firme Simard-Beaudry Construction, qui appartient à Tony Accurso.
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«Les entrepreneurs ont été informés qu'il y avait eu une commande politique pour octroyer le contrat à Simard-Beaudry», a-t-il raconté.

«L'information, c'est que la commande politique venait directement de Monsieur (Frank) Zampino», a ajouté Zambito.

Frank Zampino, qui a longtemps été le bras droit de Gérald Tremblay et qui a présidé le comité exécutif jusqu'en 2008, a également nié les faits rapportés à la commission Charbonneau, mardi.

Comme la veille, le maire Gérard Tremblay, lui, n'a pas voulu faire de commentaires, préférant attendre les conclusions de la commission.


La majorité des contrats nommés par Zambito étaient truqués


MONTRÉAL - «Truqué. Arrangé. Organisé». Lino Zambito était à court de synonymes alors qu'il commentait, un à un, des dizaines d'appels d'offres de la Ville de Montréal auxquels il a participé au fil des années.

Sur 46 processus d'attribution de contrats sur lesquels la commission Charbonneau s'est penchée mardi, une quarantaine étaient concernés par de la collusion ou de la corruption, a assuré le témoin.

Lino Zambito a affirmé qu'il parlait en toute connaissance de cause. En règle générale, lorsqu'il décrochait un contrat, c'est parce qu'il avait lui-même appelé les autres entrepreneurs du cartel pour leur dire que son tour était venu.

Et lorsqu'il ne décrochait pas le contrat, c'est parce qu'il avait reçu un appel d'un représentant de la firme gagnante, lui disant à quel prix il devait soumissionner.

D'importants contrats octroyés par la Ville au milieu des années 2000 l'auraient donc été à des entrepreneurs qui s'étaient entendus entre eux, selon Zambito.

Par exemple, celui de l'échangeur Du Parc/Des pins, en 2005, d'une valeur de plus de 16 millions $, a été remporté par Construction Louisbourg.

Ou encore, celui de la reconstruction d'égouts dans la rue Saint-Grégoire, en 2004, a été décroché par Construction Garnier, toujours selon Zambito.

Des indices

Comment repérer la collusion? L'ancien entrepreneur a expliqué qu'il faut entre autres sonner l'alarme lorsque les soumissions sont toutes beaucoup plus élevées que l'estimation faite par la Ville.

À la demande des commissaires, le témoin a également précisé comment les membres du cartel se réunissaient afin de décider de l'ordre d'attribution des différents contrats.

«C'était dans un café, dans un restaurant, 2-3 à la fois. Ce n'était jamais tout le monde en même temps.»

Et le partage se déroulait dans l'harmonie relative, selon lui.

«Il n'y en avait pas de chicane. Les règles étaient connues. Si on voulait que ça fonctionne, il fallait qu'on mette de l'eau dans notre vin», a-t-il expliqué.

«Ça arrivait qu'il y ait des accrochages, a-t-il tout de même convenu. Mais à Montréal, on réussissait, en discutant, à dire : laisse aller lui, et dans deux semaines, ce sera à toi.».


Les élus jouent le rôle de la mafia en dehors de Montréal, selon Lino Zambito


MONTRÉAL - En dehors de l'île de Montréal, ce sont les élus qui jouent le rôle du crime organisé dans l'industrie de la construction, a déclaré l'ex-entrepreneur Lino Zambito au troisième jour de son témoignage devant la commission Charbonneau.

On lui avait demandé de préciser quelle forme prenait la collusion en dehors de la métropole.
«À Montréal, on parle beaucoup de la présence du crime organisé. Mais je peux vous affirmer qu'à certains (autres) endroits, le rôle du crime organisé, il était joué par des élus», a-t-il dit.
Zambito faisait référence à des villes de la couronne nord et de la Rive-Sud de Montréal, ainsi qu'au ministère des Transports du Québec (MTQ).

«Lorsqu'on va aller au ministère des Transports, vous allez réaliser les demandes politiques qui étaient faites aux entrepreneurs», a-t-il promis.

«Pour les ingénieurs (qui font affaire avec le MTQ), on rentre complètement dans la dynamique du financement des partis politiques», a ajouté le témoin.




 
 


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