OTTAWA - Le ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird, a révélé dimanche que le Canada a cédé à la pression de Washington pour rapatrier le prisonnier Omar Khadr condamné pour terrorisme et pour le meurtre d'un soldat américain.
«Évidemment, Omar Khadr est un citoyen canadien et, bien sûr, les Américains qui s'affairent au démantèlement de la prison de Guantanamo voulaient le renvoyer au Canada, a dit le ministre lors de l'émission Question Period, sur les ondes de CTV. Selon les lois canadiennes, nous sommes obligés de le reprendre.»
«Il est Canadien, il a le droit de revenir au pays. Nous n'avons pas eu le choix, et il est maintenant de retour», a ajouté M. Baird.
Omar Khadr a été rapatrié au Canada samedi après avoir passé une décennie en prison à la base militaire de Guantanamo Bay à Cuba. Il a été transféré au pénitencier à sécurité maximale de Millhaven, en Ontario, où il sera vraisemblablement détenu jusqu'à la fin de sa peine, soit le 30 octobre 2018. Il devrait toutefois être admissible à la libération conditionnelle dès le printemps prochain.
Le détenu âgé de 26 ans sera évalué afin de déterminer quel sera le programme de réhabilitation qui lui conviendra et quel niveau de sécurité lui sera attribué. Il devrait subir également des tests d'orientation et d'employabilité.
Selon Nicholas Bala, professeur de Loi à l'Université Queen's de Kingston, la responsabilité d'assurer la réintégration sociale d'Omar Khadr revient au pénitencier.
«Il est important qu'il ait une libération par étape, c'est-à-dire qu'il bénéficie d'une libération conditionnelle de jour et qu'il aille en maison de transition sur une longue période de temps, a dit M. Bala. Le pire pour la société serait qu'on dise qu'il constitue un risque trop élevé, qu'on le garde en prison pour huit ans pour finalement le libérer subitement.»
Envoyé à 15 ans à Guantanamo
La saga d'Omar Khadr a débuté en 2002, alors qu'il avait 15 ans. Il avait lancé une grenade tuant Christopher Speer, un militaire américain, lors de l'invasion américaine en Afghanistan. Il avait également dissimulé des engins explosifs sous terre afin de piéger des soldats des États-Unis.
Arrêté par l'armée américaine, Khadr avait été envoyé à la base militaire de Guantanamo Bay, à Cuba, en octobre de la même année.
Il a clamé son innocence jusqu'en 2010, mais a finalement plaidé coupable à cinq chefs d'accusations pour crimes de guerre, meurtre, complot, soutien matériel au terrorisme et espionnage, en échange d'une peine réduite.
Il a donc a évité la prison à perpétuité et écopé d'une peine de huit ans.