QUÉBEC - L'abolition de la taxe santé promise par Pauline Marois ne passera pas comme lettre à la poste au Parlement.
Le Parti québécois s'est fait élire en promettant de soulager 4,5 millions de Québécois de cette taxe de 200 dollars, imposée à tous les contribuables sans distinction par le gouvernement Charest.
La facture de 1 milliard de dollars sera refilée à 140 422 contribuables qui gagnent plus de 130 000 dollars par année. Le gouvernement Marois veut procéder de façon rétroactive, soit à partir du 1er janvier 2012, a confirmé une porte-parole du bureau de la première ministre, Shirley Bishop.
Québec va donc abolir la taxe santé par décret cet automne. Ce faisant, le gouvernement créera dans le budget un trou qu'il prévoit combler en ajoutant deux paliers d'imposition aux contribuables « fortunés » : de 24 % à 28 % pour ceux qui gagnent plus de 130 000 dollars par année et de 28 % à 31 % pour ceux qui gagnent plus de 250 000 dollars par année.
Ces contribuables verront leur facture d'impôt bondir de plusieurs milliers de dollars à la fin de l'année.
Pour le moment, les retenues à la source sont prélevées suivant la table d'impôts inscrite dans le budget adopté par le gouvernement libéral de Jean Charest.
Pour agir, le gouvernement Marois devra modifier la Loi sur l'impôt et le revenu. Pour qu'une telle mesure soit adoptée, le gouvernement minoritaire de Pauline Marois aura besoin de l'appui d'une majorité de députés à l'Assemblée nationale.
Bien qu'elle soit en faveur de l'abolition de la taxe santé, la Coalition avenir Québec (CAQ) est contre l'augmentation des impôts. « Il ne faut pas remplacer une mauvaise taxe par une autre. Il faut couper les dépenses. Les Québécois sont surtaxés », soutient Christian Dubé, porte-parole de la CAQ en matière de Finances.
«Des hypocrites»
Du côté de l'opposition officielle, l'ex-ministre des Finances, Raymond Bachand, a indiqué lundi, sur les ondes de Radio-Canada, qu'il s'opposerait à l'augmentation des impôts proposée par le gouvernement.
«Je vais voter contre l'impôt rétroactif. Ils sont soit hypocrites, soit incompétents. Ont-ils dit en campagne électorale qu'ils augmenteraient les impôts rétroactivement? Jamais!», a dit M. Bachand.
Libéraux et caquistes semblaient mal à l'aise, lundi, de commenter une information provenant de la directrice des communications du Cabinet de la première ministre. Pauline Marois et Nicolas Marceau, ministre des Finances, n'étaient pas disponibles lundi pour expliquer la position du gouvernement quant à l'effet rétroactif de l'augmentation des impôts des contribuables les plus riches.
Faire tomber le gouvernement cet automne, quelques semaines après l'élection, pourrait s'avérer impossible, du moins pour le Parti libéral qui prévoit désigner son prochain chef au début de l'année 2013.
Taxe santé
√ 200 $ : coût de la taxe santé par année pour chacun des 6,3 millions de contribuables québécois
√ 1 G$ : somme annuelle déposée dans les coffres du gouvernement grâce à cette taxe
√ 140 422 : le nombre de contribuables les plus riches qui recevront la facture
√ Le gouvernement veut aussi augmenter l'impôt sur les gains de capital
√ Le gouvernement veut réduire de moitié les crédits d'impôt pour dividendes