MONTRÉAL - Radio-Canada s'oppose à la création d'un service de nouvelles en français par Bell, a-t-on appris dans une lettre envoyée par la société d'État au CRTC.
Le diffuseur public n'a pas mâché ses mots, accusant Bell de faire un détournement de la politique fédérale sur les avantages tangibles versés lors d'une transaction importante en télévision.
Cette politique force un acheteur d'entreprise à verser un pourcentage de la transaction afin de bonifier la création de contenu canadien.
Or, Radio-Canada a écrit qu'il s'agit d'«un affront à la commission, d'un abus de ses procédures et d'un bris de la justice naturelle qui cause préjudice aux droits d'intervenants, de la SRC et des autres parties».
L'idée «sert extraordinairement ses intérêts et est sans précédent, a dit Radio-Canada. Aucune partie n'a auparavant suggéré d'utiliser les avantages afin de subventionner un nouveau service de diffusion - encore moins un service dans un créneau que la commission a qualifié de concurrentiel et assujetti à des conditions de licence».
Radio-Canada aimerait donc faire une intervention devant le CRTC concernant la transaction. L'autorité fédérale prend sa demande en considération.
Miner la concurrence
Le diffuseur public dit, à son tour, que Bell ne veut que miner la concurrence.
«Malgré ses protestations, dit la lettre, Bell a une position dominante dans les communications au Canada. Un nouveau service de nouvelles en français lui appartenant utiliserait son levier à son avantage et au désavantage des services existants ou d'[éventuels concurrents futurs]. Ce serait vrai même si Bell payait pour les coûts de lancement.»
Sur la simple base des abus de procédures, conclut Radio-Canada, l'idée devrait être rejetée.
Bell ne bronche pas
«Nous ne sommes pas surpris que Radio-Canada s'inquiète de voir plus de concurrence, a réagi Jacques Parisien, président d'Astral Radio. Ça prouve qu'il y a de la place sur le marché [...] et le consommateur en sortira gagnant.»
Que dit-il de l'abus de procédure ? « Ils peuvent nous accuser de quoi ils veulent, a-t-il résumé. Nous pouvons demander un service comme nous allons le faire. Radio-Canada réagira à ce moment-là. »