Les propos incendiaires tenus mercredi par le maire de Saguenay à l'endroit de la candidate du PQ dans Trois-Rivières, Djemila Benhabib, ont ramené le débat sur la laïcité à l'avant-plan de la présente campagne électorale.
Si Pauline Marois et François Legault n'ont pas tardé à descendre en flammes les commentaires de Jean Tremblay, Jean Charest s'est montré avare de commentaires.
« Je n'aime pas que ces gens-là (les immigrants) arrivent ici pis établissent leurs règles. Qu'on aille toucher à leurs règles pour le fun », a matraqué mercredi M. Tremblay, longtemps défenseur de la prière au conseil municipal de Saguenay.
La gestion de la diversité culturelle et religieuse, épineuse question au cœur de la commission Bouchard-Taylor en 2007, s'est ainsi invitée dans le débat politique.
Pour Alain-G. Gagnon, directeur du Centre de recherche interdisciplinaire sur la diversité de l'UQAM, l'immobilisme du gouvernement Charest explique en grande partie pourquoi le débat reste toujours aussi vif.
« M. Charest a été très négligent. Les libéraux ont fait une déclaration solennelle invitant les immigrants à apprendre le français et à respecter les valeurs communes. Il s'agit d'une déclaration générale; or l'enjeu est de proposer des politiques d'inclusion des nouveaux immigrants », soutient M. Gagnon.
Selon lui, le gouvernement Charest a failli à la tâche de mettre en branle des mesures qui invitent les immigrants à participer pleinement à la culture publique. « Comment devrions-nous faire pour s'assurer que les immigrants appartiennent pleinement à la société québécoise et qu'ils défendent ses valeurs? », s'interroge-t-il.
Une boîte de Pandore
En s'attaquant au délicat dossier des accommodements raisonnables et en proposant une charte de la laïcité, le Parti québécois s'est aventuré en terrain hostile et miné.
« Le Parti Québécois ouvre la boîte de Pandore en alimentant cette problématique en pleine campagne. Il risque de déraper et d'avoir une mise en accusation des immigrants », estime M. Gagnon.
La proposition du PQ d'adopter une charte de la laïcité ne répond pas tout à fait adéquatement aux questions liées à l'immigration et au pluralisme religieux, croit le professeur de l'UQAM.
Selon lui, le modèle interculturel québécois doit rester ouvert au dialogue entre les différentes communautés, contrairement à l'approche plus statique du multiculturalisme canadien et de ses chartes.
Il se dit d'ailleurs favorable à « un projet de laïcité ouverte, où il y a un espace de démocratie et une ouverture à l'autre ».