FERMONT – Jean Charest n'a certainement pas dissipé les rumeurs d'élections imminentes en annonçant mardi, à Fermont, un programme d'infrastructure de 200 millions $ pour les municipalités nordiques concernées par le Plan Nord.
Qualifié de «magnifique», «durable», «social» et de «chance inouïe» pour les Québécois par le premier ministre, le Plan Nord était au centre de l'annonce. «Pendant que l'Europe est déchirée entre couper les dépenses ou les augmenter pour redémarrer l'économie, le Québec a une réponse : l'exploitation des ressources naturelles et le Plan Nord», a déclaré M. Charest.
Le premier ministre a quitté Fermont en fin d'après-midi pour se rendre au Havre-Saint-Pierre, où il visitera le chantier de La Romaine, avant d'aller en Gaspésie et aux Iles-de-la-Madeleine.
Il a estimé que l'économie et l'emploi seront des enjeux électoraux majeurs. «Les Québécois auront à choisir dans quelle société ils veulent vivre», a-t-il lancé.
«L'économie mondiale est chancelante et très fragile, plus encore qu'il y a six mois. L'Europe va mal et les États-Unis vivent un ralentissement. Même la croissance économique de la Chine, de l'Inde et du Brésil a déçu», selon lui.
L'injection de 200 millions $ dans le programme Québec-Municipalité s'adresse aux 34 municipalités ou MRC situées sur le territoire du Plan Nord. Il permettra à celles-ci de développer leurs infrastructures. Au ministère des Affaires municipales, on indique que ce sont les projets d'infrastructure d'eau potable et d'épuration des eaux usées qui seront priorisés.
La ville de Fermont, par exemple, a déjà fait savoir qu'elle souhaitait augmenter sa production d'eau potable, moderniser la caserne d'incendie, mettre en place un parc industriel, développer de nouvelles rues, construire une salle communautaire multifonctionnelle et agrandir le garage municipal.
Au total, des projets d'une valeur de 110 millions de $ avaient déjà été soumis par ces municipalités, mais les programmes existants «n'étaient pas assez souples», a-t-on expliqué au ministère. Il reste donc 90 millions $ pour de futurs projets.
Plus vite que prévu
Le ministre des Ressources naturelles et responsable du Plan Nord, Clément Gignac, qui accompagnait Jean Charest à Fermont, a d'ailleurs admis «que le Plan Nord allait plus vite que prévu» et «que les maires de la région nous courraient après depuis longtemps», pour obtenir un soutien financier rapide.
Pourtant, les projets d'ArcelorMittal et Cliff Natural Ressources à Fermont étaient connus bien avant le lancement du Plan Nord. «Oui, mais c'est parce que Québec a démontré son intérêt pour le Nord que les minières ont accéléré leurs investissements», a expliqué M. Charest.
Les villes concernées par le programme, comme Baie-Comeau, Sept-Îles ou Chibougamau, verront leurs infrastructures financées à hauteur de 75 % par Québec. Durant les trois premières années du programme, 100 % du capital et des intérêts seront financés par le gouvernement provincial.
Croissance accélérée
La Ville de Fermont, où résident 3000 personnes, est en pleine expansion. En arrivant de l'aéroport de Wabush, au Labrador, on aperçoit plusieurs chantiers de construction et il n'est pas rare de croiser des rouleaux compresseurs, des bulldozers et autres «pépines».
Cette activité économique flamboyante donne toutefois des maux de tête à la municipalité, qui double sa population si l'on comptabilise les 3000 travailleurs temporaires qui pratiquent le «fly in/fly out». Et ce chiffre n'est pas près de diminuer puisque les deux principaux employeurs, ArcelorMittal et Cliff Natural Ressource, construisent plutôt des tours d'habitations et installent des campements temporaires.
Les maisons de deux étages avec un sous-sol, plus anciennes, font maintenant place à des maisons mobiles, qui se vendent tout de même à plus de 200 000 $ l'unité, ce qui n'arrange pas la difficulté d'accès au logement.
Le premier ministre lui-même a fait, mardi, la comparaison avec Fort McMurray, en Alberta. Cette municipalité avait été frappée par une croissance très rapide durant l'exploitation des sables bitumineux.
Inquiétude
Cette situation cause un certain émoi parmi les «locaux», qui vivent à Fermont durant toute l'année. Dans la cafétéria d'ArcelorMittal, les deux clans mangent séparément. Alors que les travailleurs temporaires travaillent sur un rythme de 12 jours et dépensent au retour à la maison, les Fermontois rêvent d'un terrain de camping, d'une piste de BMX pour leurs enfants et de meilleurs services municipaux.
«C'est sûr que notre objectif est d'attirer le plus grand nombre de résidents permanents. Il n'y a qu'une seule façon de développer une ville et ce n'est pas avec du fly in/fly-out», dit Jean-François Potvin, conseiller municipal de la Ville de Fermont. Une partie de la population, dit-il, est inquiète et veut connaître les intentions des minières, qui semblent favoriser l'établissement de camps de travailleurs temporaires. La mairie avait bien demandé à celles-ci de faire une présentation à la population pour parler du développement, mais elles ont refusé, disant manquer de temps.