QUÉBEC – Le controversé groupe Mise en demeure a décidé jeudi matin d'annuler le spectacle qu'il devait présenter au Party Clandestin sur les plaines d'Abraham, lors des festivités de la Fête nationale le 23 juin.
Le maire Labeaume a demandé jeudi matin à l'organisme Envol et Macadam de rayer le spectacle du groupe de sa programmation, mais le groupe s'est finalement désisté de lui-même.
M. Labeaume a affirmé que ce n'était pas une question de censure ou de liberté d'expression, mais bien de gros bon sens. Le groupe musical voit la situation d'un autre œil.
«On s'est fait appelé ce matin par les organisateurs du Party clandestin, Envol et Macadam, qui nous ont demandé de nous désister parce que le maire les a menacés de couper toutes subventions si jamais on jouait, a dit Bananarchiste, une des membres du groupe, en conférence de presse jeudi après-midi. On trouve ça absolument déplorable.»
«C'est scandaleux puisqu'on n'est pas menaçants. On fait de l'humour, on ne fait pas de vrais appels au meurtre. C'est des blagues», a ajouté J-S le tueur, un autre membre du groupe.
Des organisateurs satisfaits
Selon l'organisme Envol et Macadam — qui a pour mission de promouvoir la musique alternative et qui organise le Party Clandestin sur les plaines —, au moment de faire la programmation du spectacle, en mai, la prestation de Mise en demeure ne reflétait aucunement la «description que l'on en fait aujourd'hui». «Notre but n'a jamais été de censurer un groupe pour ses propos. Toutefois, étant donné les circonstances exceptionnelles, nous sommes satisfaits du désistement du groupe», a fait savoir l'organisme par voie de communiqué.
Charest demande l'exclusion du groupe
Plus tôt jeudi, le premier ministre, Jean Charest, avait indiqué qu'il souhaitait l'exclusion du groupe qui devait interpréter lors des festivités des titres comme Mon gun, L'antiémeute arrive et Matraque-moi.
M. Charest avait même dit qu'il envisageait des poursuites contre le groupe, l'accusant de proférer des menaces. Il a été particulièrement outré par les paroles de la chanson Ah vous dirais-je maman, qui écorche la ministre de l'Éducation, Michelle Courchesne.
Selon M. Charest, le texte de cette chanson — «Ah vous dirais-je scie à chaîne, m'as te présenter Courchesne» — vient renforcer sa crainte que le conflit étudiant soit devenu un prétexte de glissement vers l'intimidation et la violence au Québec.
«On vit un phénomène qui est inquiétant et qui est triste de banalisation de la violence et de l'intimidation. C'est devenu acceptable de dire à peu près n'importe quoi et de faire n'importe quoi», a-t-il dit.
Se défendant d'accorder trop d'importance à des artistes qui étaient jusqu'ici peu connus, avant que l'on découvre qu'ils étaient à l'origine d'un dessin controversé retrouvé chez le député Amir Khadir, parodiant une toile de De Lacroix.
Le Journal a révélé cette semaine qu'une affiche créée par Mise en demeure avait été saisie par les policiers lors de l'arrestation de la fille du député de Québec Solidaire. Sur cette image, le corps sans vie de Jean Charest gît aux pieds d'Amir Khadir armé.
Khadir minimise
Pour sa part, le député de Québec solidaire, Amir Khadir, accuse le premier ministre de chercher à faire diversion à tout prix, en montant en épingle un épiphénomène.
«C'est de la liberté de parole, nous avons eu des débats incroyables il y a 40 ou 50 ans, franchement, ce n'est pas ça l'enjeu, là», a affirmé M. Khadir, vilipendant au passage les médias qui «s'intéressent plus aux titres de chanson qu'aux titres boursiers».
Il dénonce l'attitude du premier Charest qui s'attaque aux paroles de chanson d'un groupe marginale.
«Ça montre son désarroi. Il est mal, là, il a perdu sa fenêtre électorale.»