OTTAWA – La présidente-directrice générale de la Société du Vieux-Port de Montréal, Claude Benoit, a tenté tant bien que mal, jeudi, de justifier ses dépenses devant un comité parlementaire à Ottawa. Les députés, toutefois, sont restés sur leur appétit.
D'entrée de jeu, Mme Benoit a précisé que cette société de la Couronne, un «joyau» de l'industrie touristique à Montréal, était gérée «avec rigueur» et qu'elle faisait «la meilleure utilisation possible de l'argent des contribuables».
«Nos livres sont ouverts et notre gestion est transparente», a-t-elle affirmé avec vigueur, en disant qu'elle accueillait favorablement l'enquête du vérificateur général Michael Ferguson.
Mme Benoit a d'ailleurs souligné que la réputation de la Société du Vieux-Port avait été entachée par des allégations «erronées» et «hors contexte» et qu'elle était victime d'une «campagne de salissage et de médisance».
Selon une enquête de l'Agence QMI, Mme Benoit a notamment dépensé 55 487 $ pour deux retraites de travail avec son équipe à Mont-Tremblant. De plus, elle a eu droit à un remboursement de 10 100 $ pour avoir travaillé pendant 10 jours lors d'un voyage de 29 jours en Australie en 2008-2009. Ce voyage comprenait une croisière en Nouvelle-Zélande.
Bombardée de questions, Mme Benoit a avoué qu'elle n'avait eu aucune rencontre officielle pendant son voyage. En Nouvelle-Zélande, elle a «pris deux jours de ses vacances» pour visiter deux musées à Auckland et à Wellington, a-t-elle expliqué.
Selon elle, ces dépenses ont été autorisées par le président du conseil d'administration d'alors, Bernard Roy, ex-chef de cabinet du premier ministre Brian Mulroney. Un rapport de cette mission de 100 pages comprenant 275 photos a été produit.
«Plusieurs observations ont inspiré des solutions et orienter des réflexions et permis d'éclairer certains choix de société», a justifié Mme Benoit.
«À l'avenir, payez votre propre vacance», s'est indigné le conservateur Dean Del Mastro qui avait du mal à mesurer les résultats concrets de cette croisière en Nouvelle-Zélande.
Mme Benoit a justifié un budget de 11 300 $ par année pour des repas et collations. Ceux-ci n'ont jamais été livrés à son bureau, a-t-elle précisé. Ils ont plutôt servi à rassasier les enseignants, scientifiques et bénévoles qui ont participé à 175 rencontres de travail avec la Société du Vieux-Port depuis 2009 «au coût moyen de 15$ par personne».
Indigné des attaques contre Mme Benoit, le président actuel du conseil d'administration de la Société du Vieux-Port, Gerry Weiner, un ex-ministre conservateur du gouvernement Mulroney, a louangé le «bilan exemplaire et impeccable» de la PDG.
Il aurait lui aussi facilement autorisé les frais de voyage de celle-ci à l'époque, a-t-il enchaîné, mais dans le contexte économique actuel, il ne le ferait plus, ce qui n'impressionne guère le néo-démocrate Alexandre Boulerice.
«Dix jours payés sans avoir aucune rencontre officielle ? Ce n'est pas très sérieux. […] On a l'impression qu'au Vieux-Port de Montréal, on "pitche" l'argent par les fenêtres».
Quant au libéral montréalais, Denis Coderre, il croit que Mme Benoit, une nomination libérale, a peut-être été victime d'une campagne de dénigrement pour la faire partir. Après tout, «si elle a fait ces dépenses-là et ce voyage-là, c'est parce que ç'a été approuvé».