MONTRÉAL — Au 78e jour du conflit étudiant, la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) ont suggéré mardi une alternative qui se décline en sept points à l'offre «globale» du gouvernemental Charest, jugée insuffisante.
Les deux fédérations ont d'abord proposé la création d'un organisme de surveillance indépendant qui se chargera de contrôler les dépenses des universités.
Elles ont ensuite dit souhaiter limiter la grosseur des enveloppes destinées aux dépenses périphériques des universités. Une diminution budgétaire de 10% à 3% permettrait, selon les deux fédérations, de dégager plus de 180 millions $ pour mieux financer l'enseignement.
Elles ont également suggéré d'évaluer les relations entre les entreprises et le monde universitaire. «On veut évaluer le danger d'avoir des entreprises qui vont payer des étudiants à la maîtrise et au doctorat pour faire en sorte que les brevets ne soient utilisables que par elles», a expliqué Martine Desjardins, présidente de la FEUQ.
De plus, la FECQ et la FEUQ ont avancé la possibilité d'imposer un moratoire de deux ans sur le plan de financement des universités, «à coût nul pour les étudiants et les contribuables», pour terminer l'évaluation des véritables besoins des établissements. «Ce que le gouvernement ne dit pas aux contribuables, c'est qu'il va continuer à financer un bas troué», a déclaré Mme Desjardins.
Enfin, les deux fédérations ont proposé un moratoire de cinq ans sur la construction de campus délocalisés, la tenue d'états généraux sur l'éducation universitaire et le gel des droits de scolarité au niveau actuel «pour maintenir l'accessibilité aux études».
«Ce sont des mesures simples et précises que tout gouvernement qui se dit responsable devrait appliquer afin de s'assurer d'un réseau universitaire sain et de qualité. Et ce faisant, nous permettrons aux étudiants et à leur famille de souffler un peu, eux qui ont déjà eu une augmentation de 30% des frais de scolarité dans les cinq dernières années», a ajouté Léo Bureau-Blouin, président de la FECQ.
Les deux organisations demandent toujours au gouvernement de tenir une table de discussion où tous les représentants étudiants seraient invités afin de débattre des propositions émises par chacune des parties. Elles promettent de maintenir les moyens de pression si cela n'est pas fait.
Trouble-fêtes
Par ailleurs, le point de presse de la FECQ et de la FEUQ a été interrompu par l'arrivée d'étudiants vêtus de noir scandant le mot «antidémocratique» et affichant une couverture noire sur laquelle on pouvait lire : «Contre-offre = de la bouette pis des miettes».
La Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) a rapidement réagi en affirmant sur son compte Twitter qu'elle n'était «pas responsable de la perturbation» de cette conférence de presse.
Cette irruption a tout de même fait surgir des questions sur la division au sein du mouvement étudiant, notamment entre ceux qui prônent la gratuité et les autres.
L'offre globale du gouvernement Charest, présentée vendredi, prévoit notamment d'étaler la hausse de droits de scolarité sur sept ans et de bonifier le régime de bourses de 39 millions $.
«Tout n'est pas à jeter aux poubelles dans cette proposition-là», a reconnu Léo Bureau-Blouin. Par exemple, la bonification des bourses est une bonne mesure et «nos organisations en font la promotion», a-t-il précisé.
Par contre, l'étalement de la hausse sur sept ans, «ça ne passe pas auprès des étudiants, a poursuivi le représentant. On a l'impression de ne pas être pris au sérieux».
Le milieu universitaire réagit
Les universités ont dénoncé les propositions mises de l'avant mardi par la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ) et la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ).
La Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) trouve « très décevant qu'après 12 semaines de boycottage des cours, les représentants de la FECQ et de la FEUQ cherchent à régler le conflit actuel en niant la nécessité d'un réinvestissement, réitèrent leur demande initiale de gel des droits de scolarité et présentent même au gouvernement de nouvelles revendications » peut-on lire dans un communiqué.
L'organisme estime que le moratoire sur le plan de financement, le gel des droits de scolarité et la tenue d'états généraux ne représentent pas des solutions viables pour faire face aux défis auxquels les universités sont confrontées.
De son côté, le réseau de l'Université du Québec indique que ses établissements sont déjà soumis à des processus de contrôle indépendants et ne voit pas l'utilité de mettre en place un nouvel organisme de surveillance, tel que le proposent la FECQ et la FEUQ.
«Des instances sont en place pour assurer une gestion responsable de leurs finances. Ajouter d'autres instruments de contrôle aurait pour résultat d'investir dans l'administration au détriment de l'enseignement» a souligné la présidente, Sylvie Beauchamp.