QUÉBEC - Ce qui devait être une manifestation déterminante pour le mouvement étudiant a finalement laissé le souvenir d'une paisible promenade de quelques milliers d'étudiants dans les rues de Québec, suivie d'un bref rassemblement devant l'hôtel du Parlement.
Si les forces de l'ordre ont semblé craindre de perdre le contrôle lorsque plusieurs manifestants sont parvenus à traverser les clôtures devant l'hôtel du Parlement, l'Unité de contrôle de foule de la Sûreté du Québec est rapidement intervenue pour ralentir l'ardeur de ces étudiants.
Plusieurs manifestants en avaient d'ailleurs profité pour envahir les terrains du parlement.
Une dizaine de projectiles de gaz lacrymogène ont ensuite été lancés vers la foule. Quelques minutes plus tard, la majeure partie des étudiants avaient quitté les lieux, s'étaient repliés derrière les clôtures ou plongeaient tête première dans la neige pour soulager leurs douleurs.
Plusieurs étudiants ont d'ailleurs qualifié de barbares les agissements des policiers lorsque certains manifestants positionnés du bon côté de la clôture ont été aspergés de gaz lacrymogène.
Les étudiants rencontrés étaient d'ailleurs surpris que les policiers les craignent au point de sortir l'escouade antiémeute, alors que la manifestation se déroulait pacifiquement.
Aucune arrestation n'a été signalée. À l'exception de quelques balles de neige, peu de projectiles ont été lancés par la foule, ce qui n'a pas empêché la Sûreté du Québec de demander l'assistance de l'Unité de contrôle de foule du Service de police de la Ville de Québec.
Ceux-ci n'ont toutefois pas dû être très actifs, alors qu'ils formaient avec la SQ un groupe pratiquement aussi nombreux que les quelques étudiants jouant du tambour qui demeuraient sur les lieux, vers 17 h 15.
Même le pont de l'île
Les forces de l'ordre se sont montrées d'ailleurs particulièrement préventives alors que des policiers ont surveillé le secteur des ponts dont, étonnamment, le pont de l'île d'Orléans.
Porte-parole à la SQ, Ann Mathieu a indiqué que les policiers étaient très vigilants par rapport aux actions qui pouvaient être entreprises sur le réseau routier.
Organisatrice de la manifestation, l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) estime à un peu plus de 7000 étudiants la foule présente.
Du côté de la CADEUL, on parle plutôt d'une participation de 5000 étudiants.
Le mauvais temps aurait conduit aux désistements de plusieurs étudiants d'un peu partout dans la province, selon les leaders étudiants qui prévoyaient une participation de plus 10 000 étudiants jeudi.
Porte-parole à l'ASSÉ, Gabriel Nadeau-Dubois s'est dit satisfait de la mobilisation. « Ça a chauffé un peu, ça « poussaille » un peu. Pour moi, c'est mission accomplie, considérant le temps et considérant qu'on est à Québec et non pas à Montréal. On est déterminés, on est en grève pour le rester. Nous sommes 95 000 étudiants en grève et ça va continuer comme ça à grossir. (…) Nous, on ne retournera pas en classe tant que la hausse sera sur la table. »
Attrape-moi si tu peux
Plus tôt, les étudiants se sont rassemblés au parc des Braves pour entreprendre leur « trajet surprise », vers 15 h, vers l'hôtel du Parlement.
Cette surprise a tenu en haleine les policiers de Québec, qui ont appris le trajet des étudiants en temps réel et qui ont dû improviser une gestion de la circulation à la haute ville.
Le tout s'est rapidement transformé en jeu du chat et de la souris dans le secteur Montcalm pour permettre aux automobilistes de ne pas être affectés par la mobilisation étudiante.
Malgré tout, la porte-parole au SPVQ, Catherine Viel, a fait savoir qu'un bon nombre de policiers ont été en mesure de gérer la situation particulièrement complexe.
Elle rappelle cependant que les policiers auraient apprécié connaître les détails de la manifestation dans l'optique de mieux protéger tout le monde, dont les manifestants qui ont dû croiser des voitures en circulation dans certains secteurs.
Inutile, selon la ministre
Les étudiants manifestent pour rien, selon la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp. Elle ne changera pas d'idée.
« Lorsque nous avons pris la décision d'améliorer le financement des universités, nous l'avons fait en sachant qu'il pouvait y avoir ce type de réactions, de certains étudiants. Nous savons qu'il y en aura d'autres manifestations, mais la décision est prise parce qu'elle est nécessaire. Elle est juste et raisonnable, et elle est bien comprise de la population. »
Selon Mme Beauchamp, la plupart des étudiants seraient en faveur de la hausse des droits de scolarité.
« Une bonne part des étudiants comprend la décision du gouvernement. C'est une décision qui est juste. Elle est basée sur le fait que chacun est appelé à faire sa juste part. Puis, le plus gros de l'effort, ce sont les contribuables qui continueront à le faire. »
Les étudiants interrogés jeudi ont plutôt qualifié d'injuste la hausse des frais de scolarité.
« Notre part, on la fait en payant des impôts après nos études, quand on a un revenu. La ministre impose une hausse au moment où on n'a pas encore de revenus », a lancé Marjolaine Arpin, diplômée des HEC et étudiante en histoire de l'art à l'UQAM.
Contre la grève, à Sorel
Au moment même où des milliers d'étudiants manifestaient devant l'Assemblée nationale à Québec pour dénoncer la hausse des frais de scolarité, les étudiants du Cégep de Sorel-Tracy ont décidé de ne pas suivre le mouvement de débrayage. Ils ont choisi, jeudi midi, de ne pas aller en grève générale illimitée dans une proportion de 51,76 %.
Les cours seront donc donnés ce vendredi. Des moyens de pression alternatifs pourront toutefois être utilisés dans les prochains jours, assure le porte-parole de l'Association générale des étudiantes et étudiants du Cégep de Sorel-Tracy, Alex Vandal-Milette
« Il faut respecter le vote, a-t-il mentionné immédiatement après le résultat. Si c'est ce que les étudiants ont voté, on doit y adhérer. Le tout s'est fait de façon démocratique sans aucune irrégularité. »
« En tant que militant, je suis déçu, poursuit-il, mais en tant que membre de l'AGEECST, je suis satisfait de ce qu'on a fait pour informer les gens. Le but n'était pas de faire passer la grève dans la gorge des étudiants, mais bien de les informer. »
Climat tendu
La tension était palpable avant le vote à l'auditorium Guy-Bélanger. Plus de 300 étudiants étaient entassés dans la salle, plusieurs debout ou assis dans les marches, pour écouter les pour et les contre de la grève étudiante.
L'assemblée générale extraordinaire s'est avérée mouvementée et plusieurs étudiants sont venus au micro pour défendre leurs points.
Certains ont défendu l'importance de la solidarité à la cause étudiante, tandis que d'autres ont soutenu qu'il était normal que les frais de scolarité augmentent après un gel de plusieurs années.
Les étudiants de Sorel-Tracy décident donc de ne pas emboîter le pas au mouvement de grève déjà entamé par près de 80 000 étudiants cégépiens et universitaires au Québec.
Présent au Cégep de Sorel-Tracy, le président de la Fédération étudiante collégiale du Québec (FECQ), Léo Bureau-Blouin, a tenu à rappeler, avant le dévoilement du résultat, que la mobilisation peut faire plier le gouvernement.
« On ne veut pas un débrayage de gaieté de cœur, mais nous n'avons pas le choix. C'est la seule façon de se faire entendre du gouvernement Charest. Nous sommes 400 000 étudiants de cégeps et d'universités au Québec. Ensemble, nous avons le pouvoir de nous faire entendre », a mentionné M. Bureau-Blouin.
Quelque 511 étudiants ont exercé leur droit de vote secret sur une possibilité de 1 234 collégiens. Un faible taux de participation de 41 %, mais satisfaisant selon l'Association étudiante.
« Nous sommes tout de même satisfaits du taux de participation. Plusieurs établissements ont tenu le vote référendaire sur quelques jours alors que dans notre cas, les étudiants avaient à peine deux heures pour voter lors d'une assemblée », a fait valoir le président Marc-André Jean Monténégro.
Une rencontre était prévue à 17 h, jeudi, entre l'AGEECST et la direction pour discuter de la suite des choses.
Des appuis à Sherbrooke
Les appuis au mouvement de grève étudiant se multiplient à Sherbrooke. En après-midi, jeudi, à l'issue d'une rencontre éclair, les étudiants de la Faculté de génie se sont prononcés en faveur de la tenue d'une première journée de grève qui aura lieu le 22 mars prochain.
Plusieurs des futurs ingénieurs ont émis le souhait de pouvoir prendre part à une autre manifestation nationale prévue à ce moment.
Par ailleurs, une délégation d'une soixantaine d'étudiants du Cégep de Sherbrooke avait pris la route de Québec en avant-midi pour prendre part à la manifestation nationale contre la hausse des frais de scolarité.
On saura ce vendredi si les étudiants de la Faculté des lettres et sciences humaines de l'Université de Sherbrooke emboîteront le pas aux étudiants déjà en grève. Un référendum est toujours en cours.
À Granby, l'association étudiante du Cégep fera connaitre samedi les résultats d'un référendum qui se sera tenu sur trois jours.