Véronique Prince
Agence QMI

Le palmarès des dépassements de coûts au MTQ


Véronique Prince

Dernière mise à jour: 27-02-2012 | 23h04

MONTRÉAL – Plusieurs ingénieurs et entrepreneurs le confirment; presque tous les contrats du ministère des Transports (MTQ) se terminent par un dépassement de coûts.

Depuis trois ans, sur 7000 projets, les deux sous-ministres en fonction ont approuvé plus de 300 dépassements de coûts. Le total pour les contribuables : 178 millions de dollars.

De plus, les noms de certaines entreprises reviennent plus souvent que d'autres dans les résultats obtenus par le Parti québécois (PQ) à la suite d'une demande d'accès à l'information.

«Est-ce que les règles sont suffisamment sévères, s'est demandé Nicolas Girard, le porte-parole péquiste en matière de transports. Est-ce qu'au moment où on accorde le contrat à ces entreprises-là, il y a un suivi serré? Ou alors, est-ce que des gens profitent d'un certain laxisme dans le système?»

«Tous les coûts additionnels doivent être autorisés et justifiés, a rétorqué Caroline Larose, porte-parole pour le MTQ. C'est ce que les gens doivent comprendre. On ne va pas en coûts additionnels sans avoir monté un dossier.»

Des listes peu enviables

Au palmarès des dépassements de coûts les plus nombreux depuis 2008, on retrouve trois firmes de génie-conseil. Ces firmes, ou les consortiums dont elles font partie, comptent plusieurs réclamations.

Génivar se trouve en tête de liste. En trois ans, elle a fait une trentaine de demandes, pour environ 12 millions $ en suppléments.

Au second rang se trouve la firme Dessau-Soprin. Pour 19 contrats, le MTQ lui a autorisé des extras totalisant près de 11 millions $.

Enfin, CIMA se trouve en troisième position avec 17 dépassements de coûts, pour une somme de plus de 17 millions $.

Ces firmes soutiennent que ces suppléments sont proportionnels au nombre de contrats qu'elles obtiennent.

«Il peut arriver que pour quelques contrats, il y ait des éléments imprévus, mais quand on parle d'une trentaine de contrats ou, dans d'autres cas, d'une quinzaine de contrats, ça commence à faire beaucoup d'extras», a soutenu M. Girard.

Une autre liste a été dressée pour recenser les plus gros dépassements de coûts depuis 2008.

Par exemple, le Groupe Stavibel, ou le consortium dont il fait partie, compte seulement trois dépassements à son actif, mais ceux-ci ont coûté 168 % plus cher que prévu au MTQ.

La firme de génie-conseil Teknika HBA a également exigé des suppléments pour trois contrats, alors qu'elle travaillait seule ou en consortium. Les factures qu'elle a envoyées au MTQ étaient en moyenne 67 % plus chères que prévu.

Pour le seul projet du pont Honoré-Mercier, il y a eu quatre dépassements depuis 2008, au nom de Wayne Rice ou de Mohawk Bridge Consortium. En moyenne, les coûts des contrats ont explosé de 135 %. Certains documents démontrent par exemple que la réparation d'une dalle, estimée à 400 000 $, a finalement coûté 1,4 million $.

«Quand les gens sont arrivés à la structure, ils se sont aperçus que l'état de dégradation était beaucoup plus avancé que prévu, a justifié Mme Larose, du MTQ. Le nombre de pièces à réparer avait doublé. On parle vraiment d'interventions en matière de sécurité et d'urgence.»

«On semble ne pas avoir les ressources pour évaluer si les demandes qui sont formulées pour des extras sont justifiées ou non, a évoqué le député de Gouin. Le ministre doit fournir des explications à la population. Il doit cesser la banalisation des extras.»

Impossible à planifier

Le MTQ, de son côté, estime que les contrats pour lesquels des suppléments ont été requis représentent moins de 1 % de l'ensemble des travaux exécutés dans le cadre des cinq derniers exercices financiers.

Les entreprises qui ont accepté de commenter affirment que les dépassements de coûts sont l'initiative du MTQ qui leur a demandé des travaux supplémentaires pour différentes raisons comme la protection de l'environnement, des imprévus liés à la météo, des problèmes ne pouvant pas être décelés plus tôt, et même des poursuites judiciaires. Toutes des contraintes que le gouvernement, a-t-on dit, peut difficilement prévoir.



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