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Itinérance

Incapable de rembourser 55 000 $ en contravention

Agence QMI 
Étienne Laberge
23/02/2012 04h22 
Itinérance - Incapable de rembourser 55 000 $ en contravention
Richard Godfroy n’arrive pas à rembourser ce montant même s’il a réussi à sortir de la rue. 
© Étienne Laberge / Agence QMI

MONTRÉAL – Pas facile de s'en sortir lorsqu'on a contracté 55 000 $ de dettes en constats d'infraction de toutes sortes durant neuf longues années d'itinérance.

C'est le cas de Richard Godfroy qui n'arrive pas à rembourser ce montant même s'il a réussi à sortir de la rue.

«Je suis un peu découragé, souffle le premier concerné. Ça me bloque dans ce que j'essaie de faire pour m'en sortir dans la vie.»

L'homme de 36 ans, qui a son propre appartement depuis seulement un an et demi seulement, voudrait bien remettre ses comptes à zéro.

Des ententes avec le procureur de la Cour municipale existent et permettent des arrangements à l'amiable à raison de 5 $ de paiement par mois. À ce rythme, il ne mettrait pas moins de 916 ans à rembourser son dû.

Cette situation illustre bien la «judiciarisation» des sans-abri, un problème complexe estime-t-il.

«C'est une roue qui tourne. Un moment donné, les policiers me donnaient tellement de “tickets” que je ne savais plus où j'étais rendu avec ça. Alors, je m'en foutais. Je ne les comptais plus», a dit M. Godfroy.

Et son cas est loin d'être unique. Une intervenante a confié que l'un d'eux doit près de 90 000 $ en constats d'infraction à la ville.

«C'est illusoire de penser qu'une personne itinérante va payer 90 000 $ sous forme de travaux communautaires. Ça représente des mois et des mois de travail à temps plein», a souligné Marie-Ève Sylvestre, professeure à la faculté de droit à l'Université d'Ottawa.

Les infractions sont diverses. On peut reprocher à l'individu de fumer ou boire de l'alcool à l'intérieur d'une station de métro ou d'entraver la libre circulation en tenant une porte.

Environ 16 millions $ de dettes

Des chercheurs qui ont participé au rapport d'une étude intitulée «La judiciarisation des personnes en situation d'itinérance à Montréal», rendue publique mercredi, ont compilé l'ensemble des constats d'infraction des sans-abri non remboursés entre 1994 et 2010.

Ce montant s'élève à près de 16 millions $. Même en abaissant les critères de remboursement, les chercheurs en arrivent à la conclusion que la Ville ne parviendra qu'à récupérer moins de 1 % de l'ensemble des sommes dues.

L'aisance des policiers à donner, çà et là des constats d'infraction à une clientèle vulnérable, représente une partie du problème selon Pierre Gaudreau, coordonnateur au Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal.

«Face à l'itinérance, l'émission de contraventions n'est pas une solution. Tant qu'on va donner cette responsabilité aux policiers, on va s'enfoncer dans une situation qui empire la vie des gens», a dit M. Gaudreau, ajoutant que la Ville est aussi à blâmer.

Pour lui, la solution réside entre autres dans l'embauche de travailleurs sociaux dédiés aux itinérants, la construction de logements sociaux et l'application d'une politique sur l'itinérance.


Les contraventions ne sont pas une solution, selon le maire Tremblay

Faire crouler les itinérants sous les contraventions ne constitue en aucun cas une solution, a affirmé le maire Gérald Tremblay en réaction au dévoilement d'un rapport sur le sujet.

«Il faut faire face à la réalité et trouver une solution, a fait valoir le maire Tremblay. Mais la solution, ce n'est pas de donner une pile de contraventions à des gens qui ne sont pas capables de les payer.»

Des ressources additionnelles octroyées par Québec permettraient ainsi de mieux s'occuper des «cas lourds» et d'éviter qu'ils reçoivent des contraventions à répétition, croit le maire.

«C'est une question de ressources qui ne sont pas au rendez-vous, explique-t-il en interpellant Québec. Il y a des limites à ce qu'une ville peut faire.»

Il ajoute néanmoins qu'«il faut qu'il y ait un processus de répression, c'est correct. On ne peut pas accepter que des citoyens, même s'ils ont des problèmes de santé mentale et d'itinérance, posent des gestes que les citoyens ne peuvent pas poser».


La judiciarisation des itinérants, c'est…

- Près de 16 millions $ de contravention impayés depuis 1994
- 31 000 constats de 2006 et 2010

- Répartitions des contraventions:

32 % octroyés pour ébriété publique;
30 % pour consommation d'alcool;
33 % pour passages impayés





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