Diane Tremblay
Journal de Québec

La triste fin d’Édouard Carpentier

La mort dans l'oubli - La triste fin d’Édouard Carpentier

Édouard Carpentier© Archives/Agence QMI


Diane Tremblay

QUÉBEC - Les Québécois ont été indignés par le sort réservé à l’ex-lutteur Édouard Carpentier, décédé dans la solitude en octobre 2010. N’eût été l’intervention in extremis d’une amie, son corps aurait été transporté à la morgue de Montréal avec l’étiquette « non réclamé » pendante au bout des pieds.

Si le nom d’Édouard Carpentier rappelle de bons souvenirs, celui d’Eddy Wieczorkwicz, en revanche, ne dit pas grand-chose au commun des mortels. À son arrivée au Québec dans les années 50, l’ex-lutteur a opté pour un nom plus simple à dire.

La confusion autour de son identité a d’ailleurs bien failli lui valoir un séjour à la morgue et, qui sait, un repos éternel dans une fosse commune. Malade depuis plusieurs années, il a succombé à une attaque cardiaque à son domicile, en octobre 2010, à l’âge de 84 ans, en attendant l’arrivée des ambulanciers.

À la suite à son premier combat en 1956 au Forum de Montréal, l’ex-lutteur a fait la pluie et le beau temps dans le ring avec un style unique en son genre. Natif de Roanne, en France, d’un père russe et d’une mère polonaise, il a adopté le Québec et vice-versa.

Prisonnier des Allemands

L’agente Tony Langelier, présidente de Media Plan, l’a recruté au début des années 2000 pour une campagne de promotion des produits Vie de velours. Par la force des choses, elle est devenue sa confidente. À l’époque, il était peu en demande et il menait une vie de reclus.

« Il parlait peu de sa vie privée, sauf de son enfance. Il racontait comment il avait échappé aux Allemands pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il se sentait très seul », s’est rappelée Mme Langelier.

Lorsque sa santé a commencé à se détériorer, cette dernière a été obligée de rompre ses engagements professionnels avec lui. Elle a toutefois maintenu des liens d’amitié, le visitant régulièrement à l’hôpital pendant ses nombreux séjours.

« Je n’avais pas envie de le laisser tout seul parce qu’on avait fini de travailler avec lui. J’ai agi par altruisme. Je n’avais aucune autre raison de le faire. »

« C’est pour ça que l’hôpital avait mon numéro de téléphone dans le dossier. J’ai probablement été la dernière personne active autour de lui. »

L’ex-lutteur avait une telle confiance en l’agente qu’il lui a même signé une procuration. Veuf et en brouille avec son fils unique, Michel, vivant en France, M. Carpentier souffrait d’ennui. Ne voulant pas s’immiscer dans un possible conflit familial, Mme Langelier a tranquillement pris ses distances à partir de 2009.

Un hommage manqué

Il a fallu 36 heures avant que l’Hôpital général juif de Montréal rejoigne un proche d’Eddy Wieczorkwicz pour communiquer le décès.

Mme Tony Langelier était en route pour le bureau lorsque le téléphone a sonné.

« L’infirmière m’a dit : “C’est le seul numéro que nous ayons et je ne connais pas ce monsieur. Je vais appeler la police et on va l’envoyer à la morgue” », s’est-elle remémorée.

Ces paroles sont gravées dans sa mémoire. Sur le coup, Mme Langelier, qui a employé Édouard Carpentier, est restée surprise, mais rapidement, elle a mobilisé son réseau de contacts pour s’occuper des funérailles.

Tout était en place pour lui rendre un dernier hommage.

« On voulait faire quelque chose de grand. Tout le monde appelait. Les gens de la lutte, les vedettes, ça ne lâchait pas », a-t-elle raconté.

Alors qu’on s’apprêtait à célébrer les funérailles, Mme Langelier a reçu un appel d’une infirmière du CLSC, cinq jours après le décès. Sur un ton sec, celle-ci a reproché à Mme Langelier de ne pas respecter les volontés du défunt.

Goût amer

Deux semaines plus tôt, M. Carpentier, qui souffrait de démence en plus de ses nombreux problèmes de santé, avait rédigé son testament. Apparemment, l’ex-lutteur voulait des funérailles... discrètes!

« J’étais abasourdie ! Je ne pouvais pas connaître cela! Édouard avait choisi une autre maison funéraire. Il a fallu tout annuler. Le salon que j’avais choisi est allé reporter le corps. »

Nonobstant les souvenirs impérissables qu’elle conserve de son vieil ami, Mme Langelier garde un goût amer de cette aventure. Pourquoi l’a-t-on contactée, elle, si les plans étaient déjà établis? La réponse reste un mystère. Quoi qu’il en soit, avec le recul, elle demeure convaincue d’avoir bien agi dans les circonstances.

Le corps de son ami a finalement été incinéré et les cendres ont été inhumées auprès de celles de son épouse au cimetière Notre-Dame-des-Neiges. L’hommage que voulaient lui rendre ses amis n’a donc jamais eu lieu.



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