MONTRÉAL - Malgré l’interdiction, en vigueur depuis les années 1960, de vendre de la nourriture dans les rues de Montréal, quelques restaurateurs futés profitent d’exceptions au règlement municipal pour faire des affaires en or.
C’est le cas du restaurant mobile Grumman 78, spécialisé dans la préparation de repas mexicains, qui parcourt les rues de la métropole depuis le début l’année pour vendre ses tacos aux Montréalais.
L’astuce pour garder l’entreprise dans la légalité a été d’offrir ses services de restauration exclusivement sur le terrain de festivals ou de soirées privées.
Ainsi, l’entreprise jouit d’un permis spécial de concession qui lui permet d’exister en accord avec la réglementation de la Ville.
Utiliser le flou des territoires
D’autres commerçants choisissent d’utiliser des emplacements qui ne sont pas sous la juridiction municipale afin d’établir leurs cantines.
C’est le cas des propriétaires du restaurant Müvbox, qui vendent leurs plats au homard au sud de la rue de la Commune, donc sur les quais du Vieux-Port, un territoire fédéral.
« Nous devons tout de même nous soumettre à des règles strictes et nous payons une concession similaire à un loyer. Le kiosque pourrait être déplacé, mais il n’y a pas d’autres endroits à Montréal qui offrent l’espace requis », a indiqué Emmanuelle Vincenti, superviseure des opérations chez Müvbox.
Un retour des vendeurs de rues ?
Plusieurs militent néanmoins pour que la vente de nourriture soit à nouveau autorisée dans les rues de Montréal.
Avant le second mandat du maire Jean Drapeau, de 1960 à 1986, il n’était pas rare de voir des cantines installées sur les trottoirs.
Cependant, durant un grand ménage de Montréal en prévision de l’Expo 67, les kiosques de repas mobiles ont été bannis pour des raisons de salubrité.
Réticences de la Ville
La Ville de Montréal garde toujours une réserve à l’idée de se lancer dans l’élaboration d’un tel projet.
Alan DeSousa, responsable du développement durable, de l’environnement et des parcs à la Ville de Montréal, estime qu’« il est important de bien étudier la question avant de se lancer dans la conception d’un nouveau règlement ».
M. DeSousa affirme qu’advenant une forte demande de la part d’éventuels vendeurs de rues pour changer l’état des choses, il consulterait toutes les parties concernées, c'est-à-dire le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, les arrondissements, les restaurateurs, ainsi que les citoyens.
Les arguments des restaurateurs
Les commerçants des arrondissements ne sont pas très chauds à l’idée eux non plus.
« Les restaurateurs louant un local à la Ville doivent payer un loyer et de nombreux frais que pourraient éviter les vendeurs de rues, ce qui constitue une concurrence quelque peu déloyale », a indiqué André Poulin, directeur général de la Société de développement commercial Destination centre-ville.
Celui-ci ajoute que de nombreux problèmes cachés peuvent être liés à ce genre de commerce, tels que le travail au noir et l’implication du crime organisé.