Sarah-Maude Lefebvre
Journal de Montréal

Hausse des plaintes

Déontologie policière - Hausse des plaintes

Plus de 86% des doléances des citoyens se rapportent aux articles 5 et 6 du Code de déontologie des policiers, qui édicte que le policier doit « préserver la confiance » que requiert sa fonction et «éviter toute forme d’abus d’autorité» dans ses rapports avec le public.© Archives

Sarah-Maude Lefebvre

Le nombre de plaintes déposées contre des policiers a atteint un sommet inégalé en quatre ans au cours de l’année 2010.

L’an dernier, 1971 plaintes contre des policiers ont été reçues par le Commissaire à la déontologie policière, selon des données obtenues en vertu de la loi sur l’accès à l’information.

«C’est en constante augmentation depuis quatre ou cinq ans. On reçoit toujours plus de plaintes chaque année», indique la porte-parole du commissaire, Louise Letarte.

Plus de 86% des doléances des citoyens se rapportent aux articles 5 et 6 du Code de déontologie des policiers, qui édicte que le policier doit «préserver la confiance» que requiert sa fonction et «éviter toute forme d’abus d’autorité» dans ses rapports avec le public.

«La plupart des cas sont reliés à l’attitude du policier, explique Me Letarte. Les plaintes portent aussi sur l’utilisation de la force, les abus et l’intimidation.»

Le troisième manquement le plus fréquent concerne l’article 7 du Code, qui commande le «respect de l’autorité de la loi et des tribunaux».

«Des citoyens allèguent, par exemple, qu’une enquête policière a été bâclée ou ils accusent un policier d’avoir dit des faussetés en Cour», expose Louise Letarte.

Vengeance ou réel problème ?

Après examen du commissaire, plus de 50 % des plaintes sont rejetées, ce qui n’étonne pas l’ex-policier de la Sûreté du Québec, Robert Poëti.

«Il est très facile de nos jours de déposer une plainte. On peut le faire directement sur le site du Commissaire. Je pense que certains citoyens en profitent pour se «venger» des policiers», croit ce dernier.

Cette opinion est loin d’être partagée par Gaétan Cousineau, président de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).

«Au contraire, je ne crois pas que le nombre de plaintes reflète la réalité, affirme-t-il. On le dit et on le répète: le lien de confiance entre la population et les policiers est brisé, surtout du côté des communautés culturelles.»

Depuis 2005, une centaine de plaintes ont été déposées à la CDPDJ contre des policiers, essentiellement pour du profilage racial. Cette proportion est toutefois en diminution.

«Comme les gens n’ont plus confiance, ils portent moins plainte, car ils sont certains que ça n’y changera rien », plaide M. Cousineau.

«Il va falloir qu’on s’attaque un jour à cette problématique, sans quoi cela finira par nuire à la paix sociale.»


«Nos policiers se font intimider»

Réagissant au nombre élevé de plaintes qui visent son corps de police, le chef du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Marc Parent, en appelle au «respect» de la population à l’égard de ses agents, qui seraient victimes d’«intimidation».

«Compte tenu du fait que nous faisons des milliers d’interventions chaque année sur notre territoire, il est normal que nous fassions l’objet de plusieurs plaintes. Cela dit, il y a une question de respect là-dedans», a affirmé au Journal M. Parent, dans la foulée de la publication du rapport annuel du SPVM, vendredi.

Les policiers montréalais ont été visés par 691 plaintes l’an dernier, ce qui représente plus de 35 % de l’ensemble des doléances reçues par le commissaire à la déontologie policière.

«On ne va pas se mettre la tête dans le sable, promet le directeur du SPVM. Il y a des situations d’abus où l’on doit intervenir. Mais, la collaboration va dans les deux sens.»

Intimidation

Selon ce dernier, «plusieurs policiers» sont victimes d’intimidation de la part de citoyens, ce qui peut mener à des situations conflictuelles.

«L’intimidation est une réalité à laquelle nous devons faire face. Regardez ce qui se passe dans les écoles avec la génération montante. La police n’y échappe pas», lance M. Parent.

«Encore cette semaine, un de mes employés m’a raconté avoir été victime d’intimidation, alors que le constat d’infraction qui avait été émis était plus que justifié», s’étonne-t-il.

Néanmoins, Marc Parent promet d’être «vigilant». «Une plainte, c’est une plainte de trop. C’est sûr que l’on aimerait en recevoir moins. On a aussi du travail à faire. C’est clair que pour être respecté, il faut aussi être respectable.»



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