Héloïse Archambault
Journal de Montréal

Situation prévisible ?

Montérégie - Situation prévisible ?

En 1981, la Commission mixte internationale avait recommandé au gouvernement de construire un barrage « de manière urgente » afin d’éviter les inondations printanières.© Maxime Landry/Agence QMI


Héloïse Archambault

Trente ans après un rapport destiné à contrer les inondations printanières, voilà que les sinistrés du Haut-Richelieu paient le prix de l’inaction gouvernementale.

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En 1973, la Commission mixte internationale (CMI) a été mandatée par les gouver nements canadien et américain pour se pencher sur la régularisation du niveau d’eau de la rivière Richelieu dans le but d’éviter des inondations printanières.

Dans le rapport déposé en 1981, dont le Journal a obtenu copie, la CMI recommandait que « les gouvernements responsables entreprennent de manière urgente la gestion des plaines inondables » et « le développement d'un système de prévision d'inondations aussi tôt que possible ».

Élargissement du canal

Afin d’y parvenir, la construction d’un barrage à Saint-Jean-sur-Richelieu avait notamment été évoquée comme solution potentielle. La CMI n’avait toutefois pas émis de recommandations claires à cet effet.

Trente ans plus tard, aucun système de prévision n’a été mis de l’avant sur la rivière Richelieu, confirme le gestionnaire des initiatives stratégiques de Parcs Canada, Luc-André Mercier.

Autre facteur : l’élargissement du canal de Chambly, entre 1970 et 1974, a eu pour effet d’engendrer une hausse du niveau d’eau sur le lac Champlain, peut-on lire dans le rapport de la CMI.

Citoyens exaspérés

En 1997, dans une entrevue accordée au journal le Canada Français, un résidant de Venise-en-Québec, André Florent, avait prédit que les inondations deviendraient plus longues et plus fréquentes. Aujourd’hui, il dénonce l’inaction du gouvernement.

« Il n’y a rien de surprenant dans ce qu’on vit, déplore- t-il. Ils auraient dû construire un barrage, ils savaient le risque qu’ils couraient.»

« Tout est écrit dans le rappor t, c’était noir sur blanc », ajoute Guy Langlois, un sinistré qui se penche aussi sur ce dossier depuis plusieurs années.

« N’importe qui voyant la situation actuelle conclut qu’il faut faire quelque chose, avoue Luc-André Mercier. Mais de là à dire qu’un bar rage aurait fait une différence, il faudrait voir. »

Ouvrir le « bouchon »

Par ailleurs, plusieurs sinistrés rencontrés au cours des dernières semaines rageaient contre Parcs Canada, qui refuse d’ouvrir le canal de Chambly.

Selon eux, cette mesure ferait baisser de manière considérable le niveau d’eau en amont, soit vers le lac Champlain.

« Il faut qu’ils ouvrent le bouchon, poursuit André Florent. Ils refusent parce qu’il ne faudrait surtout pas qu’il y ait de l’eau sur les terrains des millionnaires un peu plus bas. »

Plusieurs appels par jour

Luc-André Mercier dit recevoir en moyenne cinq appels par jour de citoyens qui demandent l’ouverture du canal. Or, il affirme que cette opération équivaudrait à « prendre une cuillère à thé d’eau dans un bain plein ».

« En plus de ne rien changer, ça créerait des dommages importants à la structure du canal et on ne veut pas inonder les citoyens plus bas », explique-t-il.

« Le gouvernement prend notre argent pour se protéger et il ne daigne même pas venir nous aider », ajoute Guy Langlois.



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