Christine Bouthillier
Agence QMI

Cachez ce sein que je ne saurais voir…

Saint-Bruno - Cachez ce sein que je ne saurais voir…

«Au début, je me sentais juste humiliée. C’est la première fois qu’on me met dehors», a confié Kama Hamilton.© Agence QMI /Robert Gosselin


Christine Bouthillier

SAINT-BRUNO – En se rendant aux Promenades St-Bruno le 21 avril, Kama Hamilton ne voulait au départ que se procurer une balançoire. Invitée à quitter le kiosque de Confection Emrick pour avoir allaité dans un des bancs en démonstration de l’entreprise, elle se retrouve maintenant au cœur d’un débat sur l’allaitement en public.

Confection Emrick est un manufacturier de balançoires de Saint-Cyrille-de-Wendover qui loue à l’occasion un kiosque aux Promenades St-Bruno. Mme Hamilton y magasinait lorsqu’elle a décidé de s’asseoir et d’allaiter son fils Dean pendant qu’elle attendait pour poser quelques questions sur les objets en vente. Selon la résidante de Delson, une employée s’est approchée avec «un regard qui montrait qu’elle ne trouvait pas cela approprié».

Sans lui demander si elle était une cliente du kiosque, elle lui aurait poliment souligné qu’il s’agissait d’un endroit public, qu’elle n’avait pas le droit d’y allaiter et lui a demandé d’aller dans la salle d’allaitement des Promenades.

Or, l’entreprise a une tout autre version. Elle soutient que l’employée en question n’a pas déclaré que l’allaitement en public était illégal. «Je n’ai rien contre les femmes qui allaitent, mais il y a des endroits pour ça. Ce n’est pas tout le monde qui est à l’aise avec ça. Si quelqu’un veut acheter la balançoire et quelqu’un allaite dedans, il ne va pas se planter devant pour la regarder», a souligné Mélissa Senneville, propriétaire de Confection Emrick. Elle mentionne qu’elle ne laisse personne qui n’est pas un client s’asseoir dans ses balançoires, notamment pour éviter de les briser et pour des raisons de sécurité.

Un débat devenu politique

«Au début, je me sentais juste humiliée. C’est la première fois qu’on me met dehors», a confié Kama Hamilton. Elle a décidé de déposer une plainte auprès des Promenades St-Bruno. «J’avais entendu l’histoire de Shannon Smith, qui s’est fait expulser du magasin Orchestra, à Montréal, en janvier, pour les mêmes raisons.

Ce n’est pas un cas isolé», a-t-elle précisé. Du côté du centre commercial, on juge qu’il n’est pas nécessaire d’intervenir, car le locataire a le droit d’imposer la politique de son choix quant à l’utilisation de son matériel. «Les Promenades St-Bruno ont une salle d’allaitement, mais il n’est pas interdit d’allaiter ailleurs, comme dans les aires de repos du mail», a précisé Denis Lamothe, directeur général des Promenades St-Bruno.

Kama Hamilton met en garde contre le danger que représentent les salles d’allaitement. «Elles sont là pour qu’on ait le choix, mais pas pour obliger les femmes à se cacher. Quand mon fils a faim, je l’allaite. Si je suis près de la salle d’allaitement, j’y vais, sinon, je l’allaite sur place. Certains pensent que nous sommes obligées de l’utiliser», a-t-elle indiqué. Elle dit n’avoir jamais eu ce problème avec sa fille aînée, aujourd’hui âgée de 2 ans. Elle a écrit à Confection Emrick pour réclamer des excuses et s’assurer que ses employés sachent qu’il n’est pas illégal d’allaiter en public, sans réponse. Elle réclame également une loi spécifique indiquant que les femmes ont le droit d’allaiter en public. Une pétition a par ailleurs été initiée par Shannon Smith à cet effet. Elle ne recueille toutefois plus de signatures depuis le 25 avril.

Kama Hamilton cherche à organiser un allaite-in aux Promenades St-Bruno, qu’elle contactera sous peu pour avoir leur accord. Les détails de l’événement ne sont pas encore planifiés. «Je ne veux pas que ça soit perçu comme un geste agressif. Je ne veux pas changer l’opinion des gens. Je veux juste leur faire prendre conscience qu’il est légal d’allaiter en public au Québec», a-t-elle conclu.



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