André Beauvais
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Taillibert sort un livre

Les dessous du Stade olympique - Taillibert sort un livre

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André Beauvais

MONTRÉAL — Le concepteur du Stade olympique, l’architecte français Roger Taillibert, aujourd’hui âgé de 85 ans, se vide le coeur et défend la mémoire de Jean Drapeau dans un livre qui couvre tous les angles de la tumultueuse histoire du chantier olympique de 1970 à 1976, année de la présentation à Montréal de la XXI Olympiade.

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Dans son ouvrage intitulé «Stade olympique de Montréal , mythes et scandales» (Éditions Grenier), l’architecte rend publiques, pour la première fois depuis 35 ans, des conversations secrètes qu’il a tenues avec les trois grands dirigeants politiques de l’époque, le maire Jean Drapeau, le premier ministre Robert Bourassa et le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau.

«J’ai décidé d’écrire ce livre sur les mythes et scandales qui ont marqué ce grand chantier parce qu’il y a eu tellement de conneries à mon sujet et concernant le stade que j’ai voulu rétablir la vérité dans un petit bouquin qui sera en vente bientôt et qui sera à la portée de tout le monde», a déclaré M. Taillibert au journal « 24H », jeudi.

Il révèle pour la première fois que, le 21 janvier 1976, l’inquiétude était à son comble quant à la tenue des Jeux. Dans le bureau de Jean Drapeau, et en sa compagnie, il parle à Robert Bourassa : «Vous ne pouvez pas abandonner les Jeux. Je connais bien le CIO et je sais que si vous renoncez maintenant, jamais plus vous ne les aurez. Je vous informe que je ne porterai pas la responsabilité de cet échec et que je dénoncerai l’incompétence de vos services.»

Jean Drapeau lui reprochera d’avoir parlé trop durement à Robert Bourassa, mais le premier ministre du temps prit les décisions qu’il fallait pour rétablir le bon ordre sur le chantier : une injection de 300 millions $ supplémentaires dans des mesures salariales. Notons que le million $ de 1976 équivaut aujourd’hui à 3,8 millions $ !

Son livre qui expose une série de faits historiques survenus il y a plus de 35 ans met surtout en lumière le désordre généralisé qui a marqué la construction du stade et il en fait porter le blâme à des syndicats et à des entreprises avides de pouvoir et de gains sans jamais nommer personne directement. «Je ne veux pas faire la guerre, je veux simplement dire la vérité», a-t-il commenté jeudi.

Les vols, monnaie courante

«Les vols de matériel étaient monnaie courante et commis avec d’évidentes complicités», raconte l’architecte. «Un système de détournement organisé s’était mis en place.» Il soutient encore aujourd’hui que ce système consistait à pirater des livraisons de béton : «Les agents de contrôle du chantier fermant les yeux, les camions à toupies arrivaient pleins de béton par une porte et repartaient par une autre sans avoir déposé leur chargement, parfois jusqu’à trois fois dans la même journée».

Roger Taillibert affirme que ce béton était livré en ville et dans les environs «à des amis ou sur des sites où l’on construisait des villas ou des piscines aux frais de la Ville de Montréal».

La grande confusion qui régnait dans le vaste chantier du parc olympique a causé des retards des plus menaçants pour la présentation des Jeux et le chaos « olympique » s'est soldé en une facture de 1,5 milliard $ en 1976 alors que l’évaluation des travaux, en 1970, était de 120 millions $!

Bourassa «ambigu»

Dans son livre il qualifie l’attitude de Robert Bourassa d’«ambiguë» et lui reproche d’avoir «entravé» les ambitions de Jean Drapeau. «Il fallait empêcher Drapeau de briguer un jour le poste de premier ministre», raconte-t-il.

Taillibert fait par contre les éloges du gouvernement René Lévesque, élu en 1976, et de l’ancien ministre Claude Charron «qui a tout fait pour respecter mes plans d’origine pour la fabrication du toit». Un toit qui a connu trois versions et des factures totalisant à ce jour 200 millions $.

«Stade olympique de Montréal , mythes et scandales» permettra certainement aux moins de 50 ans de découvrir l’histoire troublante du chantier olympique qui a marqué l’histoire de Montréal et de tout le Québec.

Citations provenant du livre de M. Taillibert :

Page 19 : «Au gré des multiples mésaventures du Parc olympique et d’erreurs successives, la dette olympique avait fini par atteindre près de 2,4 milliards.» (NDLR : près de 9 milliards $ de 2011)

Page 55 : Appel téléphonique à Robert Bourassa : «Je vous informe que je ne porterai pas la responsabilité de cet échec et que je dénoncerai l’incompétence de vos services.»

Page 65 : Pierre Bourque a raconté qu’après avoir fait détruire la piste d’athlétisme du vélodrome «à la vue de ce grand bâtiment de béton qu’il fallait transformer en un musée de la vie», il s’était exclamé : «dans quoi me suis-je donc embarqué?»

Page 95 : «Je souris au souvenir de la phrase de Pierre Elliott Trudeau : “Mon pauvre Taillibert qu’est-ce qu’ils ont pu vous emmerder!”»

Page 98 : Les derniers mots de son livre : «Je laisse aux Québécois le temps de méditer sur un passé vertigineux en leur remettant ce jeu de cartes.»



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